CHAPITRE SEPTIEME S
une lettre de la reine qui s'en remettait à lui pour me raconter tout ce qui s'était passé et se passait encore. Il avait avec lui le prince d'Hénin, son capitaine des g[ardes, le comte deVaudreuil, le marquisde Polig^nac et un écuyer. Ils étaient partis de Versailles à cheval, et avaient pris à Chantilly une voiture de M. le prince de Gondé. Us étaient tous très fatigués, Yaudreuil même avait de la fièvre. J'étais sûr de ma garnison; le peuple était tranquille; je proposai au prince de passer la journée chez moi, et il accepta.
Comme je lui offrais de monter mon cheval, on vint me dire que M. le prince de Condé arrivait. Il avait avec lui son fils et son petit-fils, ainsi que MM. du Cayla et d'Antichamp. Il ne voulut pas rester a Valenciennes. Je lui donnai un billet pour M. d'Happancourt, commandantde Mons, et j'envoyai un courrier à Mademoiselle (1) , qui devait arriver ce jour-là, pour lui donner des nouvelles de sa famille, et l'assurer de la liberté qu'elle avait de passer quand elle voudrait.
L'arrivée des princes fut suivie d'une foule d'autres qui quittaient Paris. De toutes parts, on demandait des passeports. Je fis coucher monseigneur le comte d'Artois dans la chambre de votre mère, et je redoublai de soins pour sa sûreté sans que cela parût. Pendant que j'étais devant ma porte, je vis arriver un
(1) La princesse Louise^ fille du prince de Condé.
fiacre : c'était le marquis de Sérent, gouverneur des enfants de M. le comte d'Artois. Je courus à lui; il me dit qu'il venait d'arriver avec les deux jeunes princes (1), qui étaient à la poste. Je montai dans son fiacre, et nous allâmes les chercher. Je les fis coucher dans ma chambre; ils n'avaient pas reposé depuis leur départ de Versailles. Le comte d'Artois ig^norait la route que le marquis de Sérent leur avait feit prendre. A son réveil, je lui appris leur arrivée.
Il reçut les officiers généraux et les chefs de corps, et après dtner il vit les dames de sa connaissance qui étaient à Yalenciennes, savoir : la duchesse de Laval, les comtesses de Balbi et de Ménars (2) , et Mmes de Bouffliers, mère et belle-fille. Le soir, après avoir vu ses enfants et avoir tenu une espèce de conseil où je fus d'avis qu'il passât par la Hollande pour se rendre en Espagne, celui d'aller à Namur et d'y attendre des nouvelles prévalut. Le lendemain 19, au matin, je partis à cheval à la tête d'un détachement de cent chevaux et escortai M. le comte d'Artois. Au delà de Saint-Saur, il renvoya l'escorte; je le suivis jusqu'à Quiévrain, premier poste des Pays-Bas autrichiens, où je pris congé de lui les larmes aux yeux, après en avoir eu la promesse qu'il m'appellerait auprès de sa
(1) Le duc d'Angoulême et le duc de Berry.
(2) La comtesse de Balbi^ née de Caumont La Force^ était alors en liaison réglée avec Monsieur, comte de Provence. Mme de Ménars était sa sœur.