‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 116 sur 179 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

mes enfants. Paris n'était pas encore tranquille; on avait arrêté le baron de Bésenval (1 ) , et le peuple armé pouvait d'un moment à Tautre se porter à de nouvelles horreurs. Déjà, ils avaient pendu M. Foulon, après être allé le chercher dans sa terre. Son cendre, Bertier, intendant de Paris, avait eu le même sort. La Fayette et Bailly souffraient ou excitaient ces attentats, pour se rendre nécessaires et intimider la cour et son parti, fort affaibli par la désertion de ceux qui avaient été obligées de fuir.

Enfin, le jour même où ma femme et mon fils devaient arriver, prévenu qu'il y avait du mouvement dans le peuple, je fis prendre les armes à la g^arnison et en plaçai une partie sur la place d'Armes. Par malheur, les commandants du régiment d'Orléans, cavalerie et infanterie, et du Royal Suédois étaient mal disposés. La populace s'empara de deux pièces de canon sans rencontrer de résistance et les reconduisit à l'arsenal. En même temps, d'autres groupes de peuple allaient forcer les prisons civiles^ et mirent les prisonniers en liberté. Les détachements que j'envoyai arrivèrent trop tard pour empêcher tout le mal. Ils parvinrent cependant à rétablir l'ordre, et à midi, la plus grande partie des prisonniers était en

(1) L'nrreëtalion du baron de Bésenval^ après la prise de la Bastille, et son rôle durant ces journées tragiques constituent, entre les innombrables épisodes de la Révolution, un de ceux qui attendent encore une plus complète lumière.

a3S MÉMOIRES DU C^ VALENTIN ESTERHAZY

sûreté, excepté quelques-uns que les bourg^eois avaient cachés chez eux. Ma femme arriva au milieu de ces incidents qui Teffrayaient, mais se remit bien vite en voyant la ville tranquille.

Ce fut peu de temps après que les courriers qui allaient terroriser les campag^nes furent expédiés. M. delaTourduPin (1), ministre delà guerre, ordonna de former des gardes nationales, de leur donner des armes des arsenaux. Tous les jours, de nouveaux décrets venaient diminuer Tautorité des commandants et augmenter celle des officiers municipaux. La cocarde nationale était déjà arborée par plusieurs garnisons voisines. Celle de Valenciennes portait toujours la blanche ; j'attendais des ordres pour la changer, et je n'en recevais pas. Le roi m'avait bien écrit dans un billet de ne pas faire d'affaire pour cette cocarde, qu'il la portait bien lui-même ; mais sûr des magistrats et de la garde nationale, dont le commandant comte d'Espiennes était un homme très honnête et bien pensant, je résistai à tout ce que faisaient les factieux pour me déterminer à la faire prendre à la garnison.

L'ordre vint aussi de prêter serment au roi et à la nation, et de ne rien ordonner contre des citovens qu'à la réquisition des officiers civils. La veille du

(1) L'un des deux généraux de ce nom qui furent mêlés aux érénements de cette époque. Ils étaient cousins et furent enToyës à l'échafaud le même jour (avril 1794).

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