‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 117 sur 179 · CHAPITRE HUITIEME S · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME S

jour fixé pour ce serment, une partie des carabiniers d^Orléans sortit des portes et trouva des cocardes et du vin dans une auberge hors de la ville. Je sus de plus qu'on avait le projet de faire adopter à la garnison cette cocarde malg^ré moi. Pour obvier à ce dangevy je fus à Thôtel de ville et proposai aux officiers municipaux de la prendre avant de prêter le serment, et de permettre dès ce moment à la g^arnison de la porter. Ils firent plus; ils se chargèrent de concert avec la garde nationale d'en faire présent à toute la garnison, et de les distribuer eux-mêmes pendant que les troupes seraient sous les armes. Gela fut convenu, et on ferma les yeux sur les petits désordres qui se passèrent la veille du jour où devait avoir lieu la prestation du serment.

La cérémonie se passa d'une manière assez décente; mais la soirée fut livrée à la débauche, et ce ne fut qu'à force de patrouilles et de précautions qu'il n'y eût pas d'événements fâcheux. Des soldats ivres couraient les rues avec des gardes nationaux, et criaient qu'il fallait me pendre, que la nation n'avait pas besoin de commandants. Plusieurs cabarets payés par l'argent du duc d'Orléans donnaient à boire gratis aux soldats, pour les exciter à la révolte. Heureusement, MM. de Vauban, de Fersen et le Boyal-Schomberg, se conduisirent de manière à ce que la nuit fût tranquille. Mais, le lendemain matin, les cavaliers d'Orléans sortirent tous de la ville et allèrent

au faubourgs d'Anzin, dans ]es cabarets, où on leur donna à boire et à mang^er aux dépens de la nation, lis ne manquèrent pas d'envoyer des billets d'invi* tation aux autres corps. Les g^ardes des portes, qui avaient défense de tirer, furent forcées, et presque toute la g^arnison sortit pour profiter de ce qu'ils appelaient les bienfaits de la nation.

Ma position fut fort embarrassante. Les troupes étaient en insurrection, je n'avais aucun moyen de donner des ordres sévères. Si, d'un côté, j'étais sur qu'ils ne seraient pas exécutés, de l'autre, j'étais certain que, s'ils l'étaient, ils seraient désapprouvés par le ministre de la guerre, homme faible et gouverné par son fils, démocrate forcené, et que l'on m'en ferait un crime. Je pris donc le parti de retirer les gardes des portes, et de n'y laisser que les gardes nationales, à qui je n'avais aucun ordre à donner. Les soldats, comme je l'avais prévu, se livrèrent à la licence; ils pillèrent quelques maisons de la ville, pour avoir soit à boire et à manger, soit des rubans aux couleurs nationales. Us se répandirent dans la campagne, se livrant à tous les excès de l'ivresse et de la brutalité.

Je passai la nuit à cheval, dans les rues. Elles étaient désertes; je ne rencontrai que quelques groupes d'ivrognes qui chantaient. Tous les gens sensés s'étaient barricadés dans leurs maisons; les municipaux étaient restés assemblés à l'Hôtel de Ville, et il n'y

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