‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 118 sur 179 · CHAPITRE HUITIEME JU · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME JU

avait pas de malheur qu'on ne put craindre pour le lendemain. Arec le jour, des paysans vinrent me demander main-forte contre les excès des soldats; je les envoyai à THôtel de Ville. Enfin, vers onze heures, les officiers municipaux m'envoyèrent une députation pour requérir la force armée contre ceux qui faisaient le désordre. Je me rendis à l'Hôtel de Ville, je représentai aux mag^istrati) que les citoyens avaient encouragée cette licence, et qu'il me restait peu de moyens pour la réprimer; que cependant, muni de leur réquisition, j'allais de ma personne tacher de rétablir Tordre dans la campagne, mais qu'il fallait qu'ils se char- Q^eassent de la ville, puisque la garde des ouvrages de fortification et des magasins du roi étaient les seuls objets dont je pusse me charger avec le peu de monde qui me restait. J'ajoutai qu'il était nécessaire qu'ils donnassent de l'appui à mon autorité, sans quoi je ne pourrais jamais réprimer la licence dont ils se plaignaient, et qui aurait eu sûrement des suites plus fâcheuses pour leur ville, sans la précaution que j'avais prise d'ouvrir toutes les portes, ils en convinrent, et je partis avec tout ce que je pus rassembler d'officiers et de dragons.

Dans les villages, je trouvai les soldats abattus par leur débauche de la veille. Plusieurs avaient été battus par les paysans. Les traces du désordre étaient partout, mais partout une si grande soumission de leur part, qu'ils se remettaient tranquillement en route pour la

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ville, et que cent cinquante marchaient sous la conduite de deux drageons comme un troupeau de moutons. Le soir, il ne manqua que deux hommes à Tappel. Les factieux, effrayés des suites que pouvait avoir leur conduite, furent plus sag^es; tout rentra dans Tordre, et la cour ordonna qu'on examinât les dég^àts, qui furent évalués à quarante-cinq mille livres, qu'elle promit de payer. Le ministre approuva ma conduite et ne cessa de me recommander de ne pas le compromettre vis-à-vis de l'Assemblée, en disant usaçe de Tautorité qui m'avait à la vérité été confiée, mais dont il était devenu dangereux d'user dans un pareil moment.

La licence, en effet, se répandait partout. A Marienbourg, petite ville du commandement, à vingt-sept lieues de Yalenciennes, des mutins chassèrent les municipaux et pillèrent les maisons. Ceux qui avaient été maltraités s'adressèrent au lieutenant de la maréchaussée d'Avesnes, qui, après avoir rempli les formalités prescrites, fit arrêter les coupables la nuit et les fit conduire en prison. Il m'en rendit compte, en m'envoyant les procès-verbaux attestant qu'il s'était toujours conformé aux ordonnances. Mais, bientôt après, les parents des détenus, ou peut-être ceux qui les avaient excités, crièrent à l'abus de l'autorité. Je fus dénoncé à l'Assemblée nationale, comme avant arraché de leurs foyers des pères de famille, des citoyens, pour les jeter dans les fers, sans aucun

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