‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 119 sur 179 · CHAPITRE HUITIEME S · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME S

crime que leur attachement à la nouvelle Constitution. Sans que j'eusse été entendu, des membres opinèrent pour que je fusse blâmé, d'autres pour que je fusse mandé à TAssemblée pour y rendre compte de ma conduite et être jug^é ensuite par qui il appartiendrait. Plusieurs de mes amis voulurent prendre ma défense, et demandèrent que Ton s'informât avant de juger; ils ne furent pas écoutés, et vraisemblablement j'aurais été condamné, si M. Gouy d'Arsy, démocrate zélé, et que je ne connaissais pas, n'avait pensé qu'avant de blâmer un citoyen il fallait l'entendre. Au grand mécontentement de quelques membres qui croyaient me perdre, son avis prévalut et l'on remit à quinzaine l'examen de mon affaire.

H me fut aisé de démontrer la fausseté de l'accusation. J'avais donné le mot à huit heures du soir à Yalenciennes, le jour où les hommes avaient été arrêtés à onze heures; je n'avais donc pu exercer moimême cet acte d'autorité. Ils avaient été arrêtés en vertu d'un jugement prévôtal, rendu sur une plainte légale et à mon insu; c'est ce que prouvait le procèsverbal que m'avait transmis, le surlendemain, le lieutenant de la maréchaussée J'envoyai ces titres au président de l'Assemblée; j'en fis faire des copies collationnées que j'adressai aux ministres de la guerre et de la justice, ainsi qu'à quelques journalistes qui s'étaient déchaînés contre moi, et à ceux qui avaient pris ma défense sans bien connaître le fond de la chose. J'en

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fis imprimer ensnite quelques centaines d'exemplaires, que je pris soin de faire répandre. Ces papiers authentiques imposèrent silence à mes ennemis. Néanmoins, ils ne nég'ligèrent rien pour empêcher ma justification, espérant laisser an moins du louche sur ma conduite. Mais je pressai tant qu'à la fin j'obtins un décret en ma faveur, et ordre au président, alors M. Mounier (1), de me l'envoyer, ce qui fut feit et augmenta encore la ra^e de mes ennemis.

La rareté des subsistances recommençait à se faire sentir. Il ne manquait cependant pas de blé à Valenciennes; les mag[asins de la ville étaient assez bien {jamis et ceux du roi étaient pleins pour fournir toutes les {jarnisons de la province. Celles de Givet et de Philippeville avaient épuisé celui qui y avait été acheté après la récolte, et il était nécessaire d'en envoyer de Valenciennes. Je m'adressai à la municipalité pour qu'elle en prévint la commune, afin que mon convoi n'éprouvât aucune difficulté. Gomme il me fut rendu compte que quelques mauvaises têtes menaçaient de ne pas le laisser sortir de la ville, je me rendis à l'assemblée de la commune. J'observai que les blés que j'allais faire transporter étaient de ceux qui n'étaient pas destinés aux habitants, mais aux troupes; que dans

(i) Avocat dauphinois, député de Grenoble aux Etats généraux, il présida Fassenibfée T^rs la fin de 1789 et s'y fit remarquer par «on courage. 11 émigra après le 10 aoùl, rentra en France après brumaire et mourut, en 1806, conseiller d'Etat, à peine figé de cinquante ans.

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