CHAPITRE HUITIÈME Î
le cas où je trouverais des obstacles pour en envoyer à Gîvet, je serais obligée de faire venir la g^rnisonde cette ville  Yalenciennes pour y subsister, ce qui produirait une g^rande chargée pour les habitants. Je deman*dai en outre que la commune envoyât dics députés avec le convoi, qui s'assureraient d'une part de la des» tination et de l'autre pourraient justifier que le g^rain était indispensable pour la subsistance des troupes qui étaient dans ces deux places.
Après quelques légiières objections, ma proposition Alt acceptée par la grande majorité, et les chefs de la giarde nationale promirent de s'u&ir à moi pour assurer la sortie du convoi, qui fut fixée au surlendemain. Je chargeai le comte de Yauban du commandement de Tescorie, et je donnai ordre au reste de la garoison de se tenir prêt à marcher. Les gardes natio^ nales établirent des postas sur les places et aux carrefours par où le coavoi devait passer. Les chariots arrivèrent la veille, et le chargement se fit tranquillement. Mais le peuple s'était assemblé dans les rues, principalement les femtnes, qui criaieat qu'on allait les affamer, puisqu'on faisait sortir le grain.
Le convoi se mit en route. Quatre grenadiers étaient à chaque chariot, et les dragons de Schoœberg formaient l'avant-garde. Tout allait bien, la populace criait, mais on laissait dire et les chariots avançaient toujours. Malheureusement, le vingt-deuxième, ayant laissé tomber un sac, s'arrêta pour le ramas<»
ser. Le peuple profita de ce moment de halte pour se jeter sur les chariots, ôter les clavettes des roues, et couper les traits des chevaux; plusieurs grenadiers se rangeaient pour laisser agir les femmes, et le convoi fut arrêté sans qu'il y eut moyen de le faire avancer.
Les premiers chariots étaient déjà sortis du faubourg de Morles ; je les fis parquer sous la garde des dragons de Tavant-garde, et fis prendre leurs chevaux et leurs chariots pour atteler un pareil nombre de ceux qui étaient arrêtés dans les rues. Cette opération fut lente ; le peuple, échauffé par ses succès, jetait des pierres aux officiers qui portaient des ordres. Le régiment d'Orléans, à qui j'ordonnai de marcher sur la place, commandé par M. de G***, qui a été ensuite général révolutionnaire, mit une heure et demie pour s'y rendre. Pendant ce temps, le convoi eût pu être pillé, sans un événement qui le sauva.
Les piquets des gardes nationales qui étaient sur la place avaient ordre d'empêcher le peuple de s'approcher des chariots. Quelques personnes voulurent forcer cette garde; un enfant craignit qu'on ne voulût prendre son arme, et la tira en l'air. Le bruit du coup, le sifflement de la balle, qui alla casser une vitre, firent un tel effet sur cette populace qu'elle s'enfuit et donna le temps aux troupes d'arriver. Une fois les chariots en sûreté, je fis prendre des clavettes à l'arsenal ; j'envoyai la maréchaussée chercher les