CHAPITRE PREMIER
sœur de Mme de la Suze. Il en eut un fils et une fille. Outre les deux enfents mâles dont je viens de parler, le maréchal avait conservé quatre filles : Madeleine et Marianne, mortes à Vienne en 1795 et 1796, non mariées ; Sophie, qui se fit religpieuse et devint abbesse de Flines, fig^ure agréable sans être jolie, de Tesprit naturel et une espèce de coquetterie permise aux abbesses de Flandres, et enfin Adélaïde, qu'on appelait Mlle de Lusancy.
Jolie, vive, piquante, avec un ceil un peu plus bas que l'autre, Adélaïde, élevée au couvent, avait pris de déplorables principes ; joints à une mauvaise tête et à des sens très ardents, ils lui ont fait commettre plusieurs sottises, lesquelles ont contribué à abrég^er ses jours. Elle est morte de la poitrine à Tabbaye de Flines, où sa sœur Tabbesse Tavait recueillie.
M. Gérard de Wiett, frère de la maréchale, était soldat dans le rég[iment de Bavière, lorsque sa sœur épousa le comte de Bercheny. Celui-ci acheta son congé et le fit officier dans son régiment; il en devint le major à la paix de 1748, puis lieutenantrcolonel. Pendant la paix, il le mena fort bien. Il n'en fut pas de même à la guerre. J'aurai occasion de parler de ses talents; ils étaient au-dessous du médiocre. Il est mort dans un domaine qu'il avait acheté près de Verdun, et qu'il a laissé à ses nièces et à ses neveux. M. Hegenet de Wiett, frère du précédent, soldat comme lui, et comme lui officier, était honnête
homme, sans caractère et sans talents, mais bienfei» sant, g^énéreux et avec assez d'esprit naturel pour ne pas être ennuyeux.
Du moment que je fus arrivé à Lunéville, je fus établi dans la famille comme un enfent de la maison ; on ne donnait rien au chevalier de Bercheny qu'on ne m'en donnât en même temps : tel était Tordre du maître, et personne ne se fût avisé de ne pas l'exécuter strictement. Du reste, les enfents me regardaient comme leur frère ; ils ne paraissaient nullement fâchés de voir un intrus au milieu d'eux. Mon respect pour le fils aîné, alors mon colonel, et peu auparavant mon camarade, et mes attentions pour ses sœurs, leur rendaient à tous ma présence ag^réable. Quant au chevalier, il était si jeune qu'il ne pouvait y avoir ni rivalité ni émulation entre nous. Mais la comtesse et sa sœur ne partageaient pas ces sentiments, l'une étant trop avare pour ne pas reg^retter les dépenses qu'on faisait pour moi, et l'autre à qui ne pouvait plaire le fils d'un homme qu'elle avait aimé, et qui l'avait laissée là*
Ces dames ne perdaient aucune occasion de dire devant moi que j'étais une g^rande chargée, que le comte était bien bon, ayant déjà six enfents, de se charger d'un étranger, et encore de quelle manière, en ne mettant aucune différence entre eux et celui à qui il ne devait rien et qu'il avait pris par pure charité. Ces phrases dures et d'autres dans le même