CHAPITRE HUITIEME
Barnave, Tabbé Sieyès, et plusieurs jeunes gens de qualité à qui on faisait la leçon et parmi lesquels se disting^uaient les frères Lameth, un Mathieu de Montmorency, un duc d'Aiguillon, etc. Le troisième parti s'était formé des impartiaux ou modérés, gens sans caractère, voulant tout pallier, déconsidérés auprès des deux autres partis, mais ménagés par eux tour à tour pour faire passer les décrets.
La noblesse avait d'elle-même renoncé à ses privilèges pécuniaires. Mais ce n'était pas assez pour ceux qui voulaient l'anéantir. Un soir, l'Assemblée, en proie à cet enthousiasme ordinaire à toutes les réunions d'hommes, détruit les droits de chasse^ ceux des lots et ventes, de four, de moulin, de colombier, enfin tous les privilèges qui distinguaient les biens nobles ou &ek des biens en roture. Ce décret fut suivi des excès auxquels se livra le peuple, sans égard pour les moissons qui couvraient les plaines. On le vit détruire le gibier que conservaient les seigneurs et dévaster plus de grains que n'eût pu le faire en dix ans tout le gibier de France.
M. Necker, à son retour, fit une entrée triomphante à Paris. Il fut reçu à l'Hôtel de Ville aux acclamations du peuple. Mais lorsqu'il voulut demander la liberté du baron de Bésenval, le peuple s'y refusa. Il vit alors que son crédit n'existait qu'autant qu'il flattait les passions populaires et put se convaincre de la vérité de l'axiome du cardinal de Retz, qui disait qu'il fallait
foire tout pour le peuple, mais jamais rien par lui. On marquis de Favras (1) avait été arrêté ; le baron de Bésenval fut mis dans la même prison, et comme le peuple voulait absolument du sang[, le marqms fut sacrifié, et condamné à être pendu. Cette exécution, dictée par La Fayette, sauva la vie de Bésenval.
Pendant que la populace de Paris se livrait â ces excès, que La Fayette provoquait souvent pour se donner le mérite de les réprimer, celle des provinces incendiait les châteaux, brûlait les archives, pillait les maisons des g^entilshommes, et même les massacrait, comme M. de Monti près de Lyon, M. de Mon tesson au Mans, et plusieurs autres. L'Assemblée nationale était toujours à Versailles. Le comte d'Estainç y avait été nommé commandant de la g^arde nationale, ^m, comme cette g^arde bourgeoise était fatiguée par le service du château et de TAssemblée, la municipalité demanda au roi de faire venir un rég[iment d'in&n» terie et un de dragons. Le régiment de Flandre et celui de Lançuedoc-Dragons étant arrivés, les factieux entreprirent de les corrompre. Les g^ardes du corps du roi restés fidèles, pour contrebalancer ces tentatives de séduction, imag^inêrent de donner un repas
(i) La tra|[iquc aventure du marquis de Favras, qui a donné lieu à tant de controverses sur le point de savoir si, oui ou non^ le comle de Provence y eut une part, n'est pas, malgré tout, encore éclaircie. Pour ma part, je n'ai pu, jusqu'à ce jour, en dépit de mes reciierchoe à travers les docuwents du temps, élagation £aiie de ceux qui «ont visibicmenl apocryplies, y trouver une preuve de Ja complicité du futur Louis XVIII.