CHAPITRE HUITIEME
à CCS régiments. La salle de spectacle du château fut choisie pour cet objet; le roi, la reine allèrent par une logfc voir ce spectacle; leur présence excita Tenthousiasme des convives. La musique joua Tair de Richard Cœur de Lion, a Richard! ô mon roi ! l'univers t'abandonne. » L^enthousiasmc augmenta; on cria a Vive le roi » ; les cocardes nationales furent jetées, et des cocardes blanches arborées. Le roi et la reine se retirèrent par sensibilité, craignant les suites d'un événement qui, quoique simple et imprévu, ne devait pas manquer d'être mal interprété par les factieux.
Ils ne s'étaient malheureusement pas trompés. L'Assemblée de Paris tonna contre ce qu'elle appelait une orgie menaçante pour sa sûreté et la liberté de la nation ; les administrateurs de Paris rendirent le blé plus rare, et par là échauffèrent le peuple. Le 5 octobre, des femmes s'attroupèrent ; des factieux déguisés parmi lesquels on a cité le duc d'Orléans et le duc d'Aiguillon, se réunirent à elle afin d'aller à Versailles chercher le roi, tuer la reine, et défendre l'Assemblée. M. de La Fayette eût pu facilement dissiper cet attroupement ; il le laissa s'accroître au point qu'il se vit forcé de se mettre à la tête. Des gardes nationales s'y joignirent, suivies d'une foule de scélérats armés qui ne dissimulaient pas les projets les plus atroces.
Le roi était allé se promener dans le parc de
Meudon. Il fut averti par un de ses fidèles serv^iteurs parti de Paris à pied à travers champs. Il n'eut que le temps de rentrera cheval à Versailles. Déjà, la colonne sanguinaire, ivre de vin et de fureur, était au bout de l'avenue ; elle se répand dans la ville ; des femmes de la halle de Paris entrent à TAssemblée, prennent place sur le banc des législateurs qui le souffrent; elles respirent la vengeance. Mais c'est surtout à la reine qu'elles en veulent. On ferme les grilles du château ; les gardes du corps sont dans l'intérieur. De la foule, on tire sur eux. M. de Savonnière, un de leurs officiers, est blessé. Le roi leur défend de tirer sur le peuple, ils obéissent et reçoivent des coups de fusil sans en rendre. M. de La Fayette arrive, il calme le désordre, monte chez le roi, lui dit que le peuple est venu pour l'engager à se rendre dans sa capitale, et que, s'il y consent, il répond de tout. Le roi le promet, M. de La Fayette revient assurer que tout sera tranquille et va dormir.
Au milieu de la nuit, cette horde trouve le moyen de pénétrer dans le château. Des femmes ou des hommes déguisés en femmes entrent dans l'appartement de la reine, massacrent les gardes du corps qui gardent la porte de sa chambre. La fille de l'empereur a à peine le temps de se sauver en chemise dans la chambre du roi. Les bacchantes forcent la porte de la sienne, criblant le lit de coups de pique. Voyant leur projet manqué, ils évacuent le château