CHAPITRE HUITIEME
pour mutiler dans la cour les cadavres des g^ardes du corps qu'ils ont massacrés, et font retentir Tair de leurs cris.
L'appartement du roi se remplit de Français fidèles; M. de La Fayette ose y rentrer. La reine, voyant que le dang[er est pour elle, se montre sur le balcon avec son fils. Le peuple crie : « Point de dauphin! » . La reine le fait rentrer dans sa chambre et parait seule sur le balcon pour s'exposer à la rage de cette foule brutale et armée. Son courag^e, son maintien en imposent ; on crie : « Vive la reine ! vive le roi ! », et pendant ce temps, tous se disposent à aller à Paris.
On avait déjà conseillé au roi de partir avec sa famille; les carrosses étaient avancés, un détachement des gardes du corps s'était rendu à Rambouillet, où le régiment du Dauphin, dragons restés fidèles, était placé. Il eût été facile de conduire la famille royale loin d'une capitale rebelle. Mais l'indécision du roi, l'opinion de ceux d'entre les ministres qui le trahissaient s'opposèrent à l'avis du comte de SaintrPriest (1) . Le roi se livra à la merci des scélérats qui déjà ne se
(1) 11 était alors ministre de Tintërieur et ne cessa de conseiller la résistance qui, sans doute eût sauvé la monarchie et le roi. Dénoncé pour ses opinions et ses propos, il donna sa démission en décembre 1790, émigra bientôt après et, après un long séjour en Suède, alla, sur l'appel de Louis XV^llI, s'établir auprès de lui à Blanckcnberg, où il succéda, comme chargé de la haute direction des affaires de Témigralion, au duc de La Vauguyon, tombé en disgrâce. Pour son rôle, à cette époque, voir mon Histoire de l'Emigration. 11 mourut, en 1821, lieutenant général et pair de France.
servaient plus de La Fayette que comme d^un tobtniment, et consentit à aller à Paris. IjCS têtes desgarde? du corps égorjjés ouvrent cette terrible marche ; di> canons sont placés devant et derrière le carrosse qui contient la famille royale, et les cris les plus effroyable^ se font entendre pendant tout le chemin. La famille royale est conduite à THôtel de Ville, où elle n'arrive qu'à la nuit, et les Tuileries, qu'on n'avait pas eu le temps d'arranger, sont destinées à la loger.
Il parait que le plan des factieux était d'assassiner la famille royale, et de donner le trône au duc d'Orléans. Mais ce dernier, n'ayant pas le couragre néce^rsaire aux grands scélérats, n'agit pas, et La Fayette. qui n'était pas dans le secret, remplit son objet particulier, qui était d'avoir un roi en son pouvoir, dans une ville où il se croyait tout puissant. Orléans partit pour l'Angleterre, avec une commission supposée. U se trouva des gens assez hardis pour l'accuser, et d'assez criminels pour le laver par un jugement dont il était impossible de ne pas voir l'absurdité.
Quelques membres du côté gauche, ayant horreur de ce qui venait de se passer, quittèrent l'Assemblée, et, sentant eux-mêmes le danger où ils avaient mis la France par leur désir de réformes, ne voulurent pas avoir part aux crimes qu'ils prévoyaient. De ce nombre furent Mounier, Lally-ToUendal et d'autres, qui se retirèrent en Suisse ou en Angleterre. Ce qui restait du côté gauche se partagea en enragés, nom dont ils