‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 125 sur 179 · CHAPITRE HIMTIEME Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE HIMTIEME Î

se ^glorifiaient, et en constitutionnels, qui ont fait d'autant plus de mal qu'ils ont paru plus modérés, et ont servi d'instruments aux régicides (1] .

Après le départ du roi, l'Assemblée, qui sié{][eait toujours à Versailles, décréta qu'elle se transporterait à Paris. Elle se tint pendant quelque temps à l'archevêché, jusqu'à ce qu'on eût proposé pour elle le manège des Tuileries. La fin de l'année fut assez tranquille; on supprima les gardes du corps; le service du palais fut confié à la garde nationale de Paris, et les assassins des gardes du roi eurent leur place près de sa personne. Il conservait aux Tuileries une sorte de représentation ; les grandes charges y continuaient leurs fonctions, excepté le grand aumônier, cardinal de Montmorency, qui avait été obligé de fuir, ainsi que l'archevêque de Paris, pour sauver leur vie.

Les biens du clergé furent attribués à la nation, par un décret du 2 novembre, et les propriétés une fois violées, on dut s'attendre à ce qui est arrivé depuis. On avait accordé au roi le droit de donner sa sanction aux décrets pour qu'ils pussent avoir force de loi; mais, comme il la refusait à ceux qui compromettaient sa religion et qui étaient contraires aux serments qu'il avait prêtés à son sacre, l'Assemblée décréta que dans

(1) Esterhazy^ qui avait partagé toutes les aveugles passions des émigrés, se fait ici l'écho de leurs sentiments de haine contre les constitutionnelsi qu'ils appelaient avec mépris « les luonarchicns n , et qu'ils déclaraient plus dangereux que les jacobins.

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tous les objets qui tiendraient à la Constitution, t^i sanction était inutile. Il fallait seulement son acceptation, qu'il ne pouvait refuser sans s'exposer à être déposé. On lui ôta le droit de faire grâce aux criminels, celui de faire la paix ou la guerre, de nommer les membres des tribunaux, qu'on rendit électifs; on circonscrivit tellement son autorité sur Farm ée, qu'elle était devenue, en quelque sorte, indépendante de lui.

Ainsi, avec l'apparence du calme, les républicains marchaient à leur but; ils rendaient un roi inutile, et de là à démontrer qu'il était à charge à la nation il n'y avait qu'un pas. Quelques constitutionnels de bonne foi donnaient dans' les pièges qu'on leur tendait, et les factieux employaient tous les moyens pour gangrener les provinces et désorganiser Tarmée en séduisant les troupes. Le ministre de la guerre, chargé d'une responsabilité sévère, n'osait rien prendre sur lui, et ce qu'il y avait de mutins dans les régiments étalent sûrs de trouver appui et protection dans l'Assemblée, dont l'objet évident était de détruire la discipline militaire, pour n'avoir rien à craindre de l'armée.

Le 24 décembre de cette funeste année, ma femme accoucha à Yalenciennes d'une fille, qui fut tenue sur les fonts du baptême par le comte de Bercheny et la baronne de Ghérardy, sœur de mon beau-père; elle fut nommée Almérie-Françoise-Ursule. Peu après sa naissance, je perdis ma fille Léonide. Sa mère avait

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