CHAPITRE HUITIEME Î
été oblig[ée de la laisser à Paris quand elle était venue me rejoindre à Valenciennes. A son retour, elle était déjà bien malade, une humeur acre s'était jetée sur sa tête et finit par l'étouffer. A cette même époque, les Pays-Bas se révoltèrent; Tarchiduchesse fut obligée de fuir à Bonn, et une partie de ceux qui étaient attachés à la maison d'Autriche se réfugièrent à Valenciennes, où tout était assez tranquille pour qu'on les y vit sans alarmes.
Au commencement de 1790, les gouvernements étant supprimés, je perdis celui de Rocroy. Un particulier vint de Paris engager les communes voisines de la ville à réclamer les terrains qui m'avaient été concédés à moi et à mon régiment. Il fut d'abord assez mal reçu. Les habitants lui dirent que ces terrains étaient incultes quand ils m'avaient été donnés, que c'était à grand frais que je les avais mis en rapport, et que depuis onze ans que je m'en occupais, et que mon régiment était dans la ville, j'y avais amené l'abondance. Il retourna à Paris ; mais il revint peu de temps après, avec un ordre prétendu de la nation de détruire mon établissement et, à l'appui de cet ordre, il sema de l'argent qu'il avait apporté à cet effet. A la tète de quelques paysans, il fit abattre la maison du jardinier, détruire les bains et couper les arbres des pépinières, dont on fit des fagots. Cette perte me fut sensible ; j'avais fait venir à Valenciennes mes meubles et mes livres : je me consolai aisément de la perte du
gouvernement, mais celle du jardin dont Je m^occupais depuis onze ans, où j'avais feit de gri*^ndes dépenses, m'afflig^ea véritablement.
Toujours content de la ville et de la province, je voulus leur donner une preuve de ma confiance en allant m'établir à la campagne, et pour cet effet je priai le baron de Nédonchel de me prêter le Jolimay, qu'il n'habitait pas, et qui est auprès du Quesnoy; il y consentit. Mais le jour que j'y envoyai mon maître d'hôtel pour examiner le local, il trouva de l'opposition dans le concierge, et l'homme d'affaires du haron parut craindre qu'il n'y eût du danger pour la maison de son maître, si je l'habitais. Gela me décida à nV plus penser; mais j'avais annoncé mon voyage; y renoncer aurait pu marquer une crainte que je n'avais pas, et qu'il était surtout important de ne pas laisser supposer. Je cherchai donc une autre campagne, et Mme de Croix m'offrit Favert, maison seule au milieu des bois, à l'extrémité de la forêt deRaismes, près de l'Escaut. La situation en est agréable, à deux lieues de Valenciennes. J'allai m'y établir avec ma femme et mes enfants, sans y avoir une seule sentinelle. Je revenais le samedi à la ville jusqu'au lundi, et le jeudi je réunissais à diner les habitants et les officiers des deux garnisons.
Cette marque de confiance de ma part dans un temps de troubles acheva de me concilier les habitants du pays, et ranima le désir des factieux de mettre