‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 127 sur 179 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

les troupes en insurrection. Ce qui s'était passé a Yalenciennes l'année précédente les avait découragées pour la g^arnison de cette ville. Mais ils travaillaient les régiments qui étaient aux environs. Ils commencèrent par celui de Brie, qui était à Gondé; il se répandit sans permission dans les cabarets des villages voisins de la forêt de Raismes, pour soustraire un soldat à la punition à laquelle il avait été condamné. Le lendemain, Tordre se rétablit tant bien que mal. Mais, depuis ce moment, ce régiment ne fut plus sûr. Cet incident ne m'avait pas décidé cependant à quitter ma campagne. Mais un jour, étant en ville, j'appris que le régiment d'Auvergne, qui se trouvait au Quesnoy, venait de s'insurger. Il était venu sans ses officiers aux portes de Yalenciennes, et avait demandé mainforte contre eux à la garde nationale qui s'y était refusée. Cette preuve du défaut d'autorité des officiers détermina à les faire partir pour les Évéchés.

Vers le même temps, le chef d'une sédition de régiment qui avait été arrêté et devait être conduit à Verdun passa par Valenciennes. Je le fis mettre en prison et empêchai qu'on ne lui parlât. Il avait été traité très différemment dans les autres garnisons où il avait passé ; dans certaines même, il avait été invité à diner chez le commandant. La différence de ma conduite donna de l'humeur aux démocrates, et je vis par la réponse du ministre à qui j'en rendis compte, qu'il serait toujours prêt à m'abandonner si

je prenais un parti vig^oureux, qui était cependant le seul moyen de conserver de Tautorité et de la considération.

J'appris aussi que le comte d'Oraison, colonel attaché au duc d'Orléans, parcourait les garnisons de la province, et donnait de Targuent aux soldats pour les poussera l'insubordination. Si j'avais pu le surprendre, je l'aurais fait arrêter; mais il s'échappa à pied du Quesnoy. Comme il intrig^uait sous un nom supposé. il fit imprimer qu'il n'avait pas quitté Paris, ce que personne ne crut.

Du reste, pas une semaine ne s'écoulait sans que quelque régiment s'insurgeât. Le Royal-Liégeois profita du passage de celui d'Auvergne par Avesnes pour se livrer à la licence. La garnison de Maubeuge, qui jusque-là s'était conduite à merveille, suivit cet exemple, et, à cette époque, je ne pouvais avoir confiance que dans les gardes nationales, à qui je n'avais aucun ordre à donner. Les officiers des troupes réglées étaient exposés tous les jours à être égorgés par leurs soldats, etleur insubordination trouvait de tels protecteurs dans la Convention, que le ministre n'osait pas punir les coupables. Une telle position était d'autant moins supportable que le nombre de régiments insurgés augmentant tous les jours, il ne feUait qu'une étincelle pour mettre tout en feu.

Je mandai au ministre que l'autorité du roi n'étant plus respectée par les troupes, je ne pouvais être

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