CHAPITRE DIXIEME
être employés arec plus d'économie. La différence entre ta noblesse de cour et celle de province donnait de rbumeur d'une part» et élevait des prétentions de l'autre. Les deux frères, très unis entre eux, ne parvenaient pas à inspirer les mêmes sentiments à ceux qui les entouraient, et M. de Galonné d'un côté et de Jaucourt de l'autre- étaient des espèces de chefs de parti qui pouvaient dès lors faire présumer que les choses iraient mal.
Enfin, nous partîmes le 13 août pour Francfort. Le lendemain nous fûmes à Aschaffenbourg, chez l'électeur de Mayence. Nous y trouvâmes le prince de Gondé et ses enfants; nous y apprîmes la sig^nature de la paix de l'empereur avec les Turcs, et l'assurance que l'Angleterre garderait la neutralité sur les affaires de France. Après une longue conférence entre l'électeur, M. le comte d'Artois, M. le prince de Gondé et M. de Galonné, nous partîmes pour Vienne, où nous arrivâmes, le 8 août, à huit heures du soir. Nous y trouvâmes le duc de Polignac et le baron de Flachslanden (l), qui avaient été prévenus de notre arrivée peu d'heures avant. Nous fûmes logés chez l'ambassadeur d'Espagne, et nous n'entendîmes pas parler de M. de Noailles, qui était ambassadeur de France (2) .
(1) Il fut jusqu'à sa mort, en 1799, membre du conseil de Louis XVIII, au même titre que le marquis de Jaucourt.
(2) Les ambassadeurs du roi de France restèrent en place jusqu'après
L'empereur reçut le comte d'Artois le 20; ils eurent une long^ue conversation, après quoi nous fûmes présentés à Sa Majesté. Le soir, elle conduisit le prince au spectacle. Le lendemain, nous dinàmes chez l'empereur avec sa famille, et très peu d'étrangers. L'empereur me parla dans les meilleurs termes de la Révolution; il me parut disposé à l'arrêter partons les moyens qui étaient en ses mains. Le prince de Kaunitz, quoique dans des bons principes, paraissait, vu son âge, désirer qu'on n'y prit pas une part active. On ne me laissa pas ignorer à Vienne que les autres ministres, surtout M. de Spielman, regardaient l'affaiblissement de la France comme un grand avantage pour la maison d'Autriche, et que ce serait contraire à la politique de cette maison de contribuer à lui rendre sa splendeur, à moins d'en retirer de grands dédommagements. Le maréchal de Lascy et M. de Spielman étaient déjà partis pour Pilnitz. Les anciens amis que je retrouvais m'assuraient que ces ministres sauraient bien affaiblir ou même changer les bonnes dispositions que témoignait l'empereur.
Nous partîmes le même jour que lui pour Prague et Dresde. Le 22, il nous dépassa et nous attendit à Stokerau ; il voyageait en calèche et nous en berline.
le JO août, et même jusqu'à sa mort. Mais il est aisé de comprendre combien, là où il y avait des émigrés, leur situation était difficile et pourquoi Noailles dut renoncer à se présenter au comte d'Artois, alors qu'il savait que ce prince, en venant à Vienne, désobéissait aux ordres du roi.