CHAPITRE DIXIEME
Nous arrivâmes à Prague le 24, à neuf heures du matin; nous ne nous y arrêtâmes que deux heures, et le 25, vers les six heures du soir, nous trouvâmes le baron de BoU à Zchist, qui nous apprit que le prince de Nassau (1), M. de Bouille et le baron d'Escars étaient à Dresde, où nous fûmes rendus à huit heures du soir.
L'empereur et le roi de Prusse arrivèrent le même jour à Pilnitz. Nous allâmes y dîner le lendemain. La journée se passa en fêtes, opéras, illuminations, feu d'artifice, etc. M. le comte d'Artois y resta, avec Galonné, pour coucher, et nous revînmes tous les autres coucher à Dresde. Le prince de Nassau, qui venait de Pétersbourg, observa à M. le comte d'Artois que rimpératrice de Bussie prenait un très grand intérêt aux affaires de France, qu'il avait même sur ce sujet un mémoire rédigé d'après des notes qu'elle avait écrites de sa main, qu'on avait mal fait de n'envoyer personne auprès d'elle, mais que l'occasion était fevorable, et qu'il follait profiter de ce qui se passait à Pilnitz pour y envoyerquelqu'un qui marquât un peu.
(1) Petit-fiU de Charlotte de Mailly-Nesie, princesse de Nassau-Siégen. Elle avait eu un fils adultérin dont elle ne révéla l'existence qu'après la mort de son mari et dont le conseil aulique de Vienne refusa de reconnaître la légitimité. C'est l'héritier de celui-ci qui fit prononcer cette légitimité par le parlement de Paris et qui devînt ainsi prince Othon de Nassau. Il avait fait le tour du monde avec Rougainville, pris part au siège de Gibraltar comme officier marin au service de l'Espagne; il fut aussi officier au service de France et plus tard amiral en Russie sous Catherine. Il mourut en 1809.
310 MÉMOIRES DU C" TALBHTtN BSTERHAZY La conduite ferme qu'elle avait tenue vis-à-vis des puissances de l'Europe, qui voulaient lui faire faire la paix avec la Turquie, avait augmenté sa considération, et n'ayant aucun intérêt particulier à affaiblir la France, on pouvait se livrera elle sans inconvénient; son influence pourrait déterminer les opérations de la coalisation, tandis qu'elle pourrait y joindre des secours personnels pour tes princes.
M. de Nassau, pour finir, m'îndi({ua à M. le comte d'Artois, comme le plus propre A cette mission, qui ne devait durer que trois semaines; il ajouta que mon nom était connu en Russie, où mon oncle à la mode de Bretagne, te comte Nicolas, avait été ambassadeur du temps de l'impératrice ÉIisat>eth, et y avait joui d'une grande considération. I( me dit ensuite ce qu'il avait proposé Â M. le comte d'Artois i mon égard. Je lui 6s plusieurs objections; d'abord mon âge pour un voyage aussi long, n'ayant point de voiture, un seul domestique, ne sachant pas la tangue, ma famille que j'avais laissée à Toumay, et d'autres raisons. Mais je finis par dire que si, malgré tout cela, je pouvais être utile à la cause, j'étais toujours prêt à la servir de tout voir.
r se passa en conférences avec l'empereur, le 'russe et le comte d'Artois. Le prince de le et M. de Bicboffsrode en eurent avec tonne. Mais les ministres de l'empereur s'y t, disant qu'ils n'avaient point d'ordres ; leur