‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 149 sur 179 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

mauvaise volonté était évidente. Enfin, le 28, quand nous allâmes tous à Dresde voir la galerie, le trésor, un bal masqué, M. de Spielman et M. de Bichofferode restèrent à Pilnitz avec M. de Galonné. On avait dit à ce dernier que c'était pour rédiger une convention entre les deux souverains, dont Tobjet serait le rétablissement de la monarchie française ; mais lorsqu'ils furent rassemblés Spielman apporta une convention toute rédigée en termes vagues, et avec des phrases si ambiguës que Te^t en serait évidemment nul. Galonné batailla beaucoup, y mit même de Thumeur, mais n'y put changer que quelques mots, et encore très peu importants. Le duc de Polignac et Flachslanden étaient arrivés ; je demandai au comte d'Artois la permission de rester à Dresde. Par tout ce qui se passait, j^augurais mal pour nos affaires. Gomme on ne m'avait plus parlé du voyage de Saint Pétersbourg, j'espérais qu'on n'y pensait plus, et je ne désirais que de rejoindre ma famille, et attendre le moment où on agirait les armes à la main, pour me rendre près de M. le comte d'Artois, qui m'avait désigné pour une place d'adjudant général près de sa personne.

Le 28, l'empereur partit pour Prague, et le roi de Prusse fut ramené par l'électeur à une campagne du prince Gharles de Saxe, où ils dînèrent. Le comte d'Artois fut du voyage, mais ceux de nos Français qui étaient allés à Pilnitz la veille me dirent que mon

voyage de Pétersbourç y avait été décidé; que le prince de Nassau avait levé tous les obstacles ; qu'il avait trouvé un bon chariot de poste à acheter, et qu'il me donnait pour m'accompag^ner un major au service de Russie, qu'il avait avec lui, nommé M. Rath; que ce voyage serait court, que la saison était belle, et que je pourrais revenir avec le premier traînage au mois d'octobre. Le comte d'Artois revint le soir, confirma ce qu'on m'avait dit, et y mit tant de grâce et d'obligeance que je n'eus pas la liberté de refuser.

La journée du 29, se passa à rédiger mes instructions. Je fus porteur de lettres du comte d'Artois et du prince de Nassau pour l'impératrice. Celle de ce dernier était adressée à M. 1« général Zoubof(l), qui commençait alors à jouir d'un grand crédit, et contrebalançait à certains égards celui dont jouissait depuis longtemps le prince Potemkin. Celui-ci venait de partir pour la Moldavie. Pendant son absence, le prince Repnin avait gagné la bataille de Matschin contre les Turcs, et avait signé des préliminaires de paix [

après la bataille, aux conditions que l'impératrice avait offertes après la prise d'Ismaïl. Je partis donc le 30 août, passai parla Lusace, un peu de la grande Pologne, et rejoignis à Rromberg la grande route 1

de Berlin à Kônigsberg, où j'arrivai dans la nuit du

(1) Platon Zoubof, le favori de Catherine, qui l'était encore lorsqu'elle mourut et qu'elle avait comble de richesses et d'honneurs.

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