CHAPITRE DIXIEME
5 au 6 septembre. Après avoir long[é le Curshaahrung[ entre la Baltique et le Gurshaven, passé à Memel^ traversé la Gourlande et être entré en Livonie une poste avant Rica, je fus à Pétersbourg le soir du 13/2 septembre et j*eus assez de peine à trouver à me loger chez un traiteur français nommé Huguet.
Le 14/3, j'écrivis à M. le général Zoubof en le priant de diriger ma conduite pour être présenté à rimpératrice, ne pouvant m'adresser à M. Genêt, chargé des affaires de France, et zélé révolutionnaire et je lui envoyai ma lettre avec celle du prince de Nassau, par M. Rath. Pendant ce temps-là, je sortis à pied avec un valet de louage, et me fis conduire à tous les endroits remarquables de la ville. Je passai sur la place du Sénat, le pont de la Neva, la Bourse, sur la place du Palais, le quai de la Neva, le long de TErmitage, traversai le Jardin d'Été, suivis le quai de la Neva jusqu'au palais d'Anishoff et revins à mon auberge par la Grande Perspective. Ce détail semble peu intéressant, au moment où j'étais chargé de grands intérêts; mais c'est pour vous rappeler l'avantage qu'il y a d'être actif, car il est certain que l'impératrice a été étonnée que n'étant à Pétersbourg que depuis peu d'heures, j'aie vu autant de choses, que cela lui a donné une bonne idée de mon activité, qualité dont elle faisait grand cas, et que j'ai peutêtre dû à cette course une partie de ses bontés dont elle n*a cessé de me combler jusqu'à la fin de sa vie.
3U MÉMOIRES DU C« VALEWTIN ESTERIIAZY
En rentrant chez moi, Rath me remit une lettre fort honnête du g^énérai Zoubof, qui me mandait de venir chez lui à quatre heures et qu'il me présenterait i rimpératrice, i TErmitag^e. Je m'y rendis, et après quelques moments de conversation, il me dit de me rendre à TErmitag^, où j'étais attendu. J'y fus en iroiture, et je le trouvai dans les appartements, qui venait au devant de moi. Arrivé devant une porte, qui était fermée, il l'ouvrit en me disant : a Voilà Sa Majesté », et se retira (1).
Revenu de mon étonnement d'une présentation aussi extraordinaire, je remis à l'impératrice la lettre que j'avais pour elle, et l'assurai des ordres que j'avais d'avoir en elle la plus grande confiance, de lui demander des conseils pour les princes, et de lui remettre plusieurs pièces qui la mettraient au fait et de la position des princes frères du roi et de leurs projets. Elle me demanda si j'avais ces pièces sur moi ; je lui dis que oui et que je les remettrais à M. le g^éuéral Zoubof.
Elle me dit :
— Non, donnez4es-moi, je les lirai à mon aise.
Elle s'assit ensuite dans un fauteuil, et m'ayant ordonné de m'asseoir dans un autre, elle se mit à me
(i) Dans une lettre, en date du 4 septembre 1791, Elsterhazy raconte à sa femme son entrevue avec Vimp^ratrice. Mais, cette lettre, ontre qu'elle figure dans le recueil Feuillet de Coucher (toI. 4, page 74 et suiv.), n'ajoute rien aux détails qui se trouvent ici et nous jugeons inutile de la reproduire.