‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 151 sur 179 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

faire des questions sur Tétai des choses. J'y répondis avec vérité, et voyant qu'elle semblait sensible à ma confiance, je pris la liberté de lui dire qu'elle était si entière que, si elle daigpnait le permettre, je lui remettrais aussi mes instructions. Je les lui présentai; elle les prit en riant, et après m'avoir parlé de ma famille, de mon oncle qu'elle avait connu, de ce qui s'était passé à Pilnitz, comparé l'étiquette de la cour de Saxe avec la manière dont elle me recevait, elle me dit que si je n'avais rien à faire, je pourrais rester à un petit spectacle qu'elle avait dans son intérieur, et où il n'y avait que peu de monde. Je me confondis en remerciements. Elle me dit ensuite :

— Faites, je vous prie, entrer le général Zoubof.

J'allai ouvrir la porte, et il entra. Elle me demanda si je ne connaissais pas le comte de Gobenzl, ambassadeur de l'Empire (1) , le comte de Saint-Priest et le baron de Stedîng, ministre de Suède (2). Je lui dis que le premier était même un peu mon parent, que je

(1) Le comte de CobenzI. Il reila pendant dix-huit ans ambassadeur d'Autriche en Russie. Négociateur du traite de Caiiipo-Formio ■▼ec Bonaparte -et de celui de Lanéville, si fut enstiite minisire des AlFaires étrangères à Vienne. Son cousin, Jean-Philippe, fut ambassadeur à Paris de 1801 à 1805, et se trouva mêlé aux négociations du Concordat. Le cardinal Oontmlvî en parle fréquemment dans ses mémoires.

(2) Général dans Tarmée suédoise ; avait pris part à la guerre d'Amérique, comme volontaire, sous les ordres de La Fayette. Il commandait l'armée suédoise durant les campagnes de 1813 et 1814. Il mourut en 1836, k quatre-vingt-dix ans.

connaissais beaucoup le second, victime comme moi de la Révolution, et que le troisième avait son régiment dans mon commandement, en Hainaut. Elle dit au général de les faire avertir de venir au spectacle, et qu'eu attendant, elle allait me foire voir son petit Ermitage. Effectivement, elle me mena dans une grande quantité de salles, remplies des tableaux des plus grands maîtres, et terminées par une g^alerie, exactement copiée sur les loges de Raphaël, par les proportions et les peintures.

Mais sa conversation était si aimable et si gaie, que tous les chefs-d'œuvre des plus grands maîtres ne me frappaient pas, tant j'étais occupé de la manière d'être de l'impératrice. Le rapprochement de la gloire dont elle remplissait le monde, avec la simplicité et la grâce de sa manière d'être, me &isait éprouver un sentiment qu'il est difficile de décrire. Elle me parla de Pétersbourg, et fut étonnée qu'à peine arrivé d'un si long voyage, j'eusse déjà eu le temps d'en parcourir les plus beaux quartiers. Enfin, nous revînmes dans la salle de billard, où l'impératrice s'assit; le général Zouboff s'assit auprès d'elle, et m'ayant ordonné de m'asseoir, je laissai un fauteuil vide entre elle et moi, de l'autre côté. La conversation fut toujours animée, jusqu'à l'arrivée du comte de Gobenzl, qui passa devant moi, en me prenant pour le comte de Saint- Priest, et s'assit entre l'impératrice et moi.

Au bout d'un moment, elle lui demanda de deviner

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