‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 153 sur 179 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

France avec ce qu'ils pourraient réunir de g^entilshommes, et des troupes à leur solde particulièrement, et que les puissances coalisées rassemblassent des troupes près des frontières de France pour les soutenir s*il était nécessaire. Cette idée avait paru être adoptée par les deux souverains qui étaient à Pilnitz. Le corps du prince Hohenlohe était encore sur le pied de guerre et mobile ; il devait être porté sur le Rhin, et l'empereur devait aug^menter celui qui était dans le Bris^au. Le roi de Suède était disposé à se porter sur les côtes de Normandie avec une escadre, et des troupes suédoises ; mais il désirait que des troupes russes s'y réunissent; de plus ce souverain n'ayant point d'argent, il fallait que TEspag^ne lui en fournit. Le baron d'Escars était parti pour Stockholm, le baron de Roll avait suivi le roi de Prusse à Berlin, et M. de Bouille devait se réunir avec M. le maréchal de Lascy et le prince Hohenlohe à Prag^ue, pour faire un plan d'opérations. Mais ce qui était important, c'est que les rassemblements se fissent avant l'hiver, et que les princes eussent entre les mains les fonds que l'empereur et le roi de Prusse avaient promis de cautionner. Or, à peine M. le comte d'Artois était-il de retour à Goblentz^ que les ministres trouvèrent des difficultés à rassembler des troupes avant l'hiver. Le roi de Prusse se renferma dans l'engag^ement qu'il avait pris d'agir de la même façon que l'empereur. Les banquiers de Francfort n'avaient pas reçu d'ordre

pour le cautionnement de Temprunt, et le g^ouvernement de Bruxelles refusait l'emplacement qui avait été promis aux princes pour y réunir les émigrés. Je fus chargé : 1* de prier l'impératrice de presser les deux cours de rassembler les corps destinés à agir; 2* de lui demander des troupes pour agir avec les Suédois sur les côtes; 3* de la solliciter de donner de Yargent aux princes. Pour le premier objet, Timpératrice attendait le courrier que l'empereur devait lui envoyer avant de le faire; pour le second, je n*eus pas une réponse positive, et pour le troisième elle fit partir des fonds sur-le-champ.

Le courrier de Tempereur arriva, et il était aisé de voir que, par le baron de Breteuil, le roi avait engagé la cour de Vienne à ne pas se servir des princes ses frères, et à arranger même à leur insu des plans de campagne pour Tannée suivante. Les mêmes intrigues firent que TAngleterre, qui avait d'abord annoncé une neutralité absolue sans condition, y joignit des observations relatives aux places de frontière des Pays- Bas. De plus, l'empereur d'après les mêmes négociations voulait temporiser, négocier, et il était question d'un congrès à Aix-la-Chapelle pour arranger les affaires de France.

Les princes étaient opposés à ce congrès, à moins que : 1° sa réunion ne retardât pas les opérations, et n'empêchât pas la prompte expédition des ordres pour le rassemblement des troupes; 2"* qu'il ne fût

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