CHAPITRE ONZIEME
prouva que Tempereur ne rentendait pas ainsi, et que même la reine continuait à Tempécher de rien entreprendre.
Je priai alors Timpératrice de nommer les généraux, de désig^ner les troupes qui devaient se joindre aux Suédois, et de cautionner les princes afin qu'ils pussent prendre des troupes de Hesse-Darmstadt à leur solde. Mais je ne pus l'obtenir et j'attribuai ses tergiversations au mécontentement que lui causaient les divisions qui régnaient entre les agents des princes et entre le roi et ses frères. Du reste, si bien intentionnée qu'elle eût été jusque-là, son conseil ne partageait pas sa sympathie pour la cause royale. La paix avec les Turcs était à peine signée ; il y avait déjà des projets sur la Pologne, et les ministres impériaux ne trouvaient pas prudent qu'à peine sortie d'une guerre, l'impératrice s'enfournât dans une autre.
Du côté de la Suède, les choses n'allaient pas mieux. Le défaut de numéraire y était extrême, les mécontents nombreux, et le roi ne pouvait rien sans l'assentiment de la Diète, hostile à des expéditions éloignées.
Au commencement de 1792, les princes étaient sans argent et, malgré la guerre prête à éclater entre la France et l'Allemagne, l'accord n'ayant pu se faire sur la question des princes possessionnés dans ce pays, l'attitude des puissances et celle des Tuileries les paralysaient. Le 14 décembre, TAssemblée nationale avait
décidé de faire marcher des troupes contre Trêves, Mayence et Etenheim, et les souverains de ces petits États en avaient fait partir les émigrés armés, à l'instig^ation de T Autriche qui mettait ses secours à ce prix.
Le 19 janvier 1792, j'appris à Saint-Pétersbourg que le baron de Breteuil avait fait partir le marquis de Bombelles pour la Russie, porteur d'une lettre de la reine à l'impératrice, et que Tobjet de sa mission était de paralyser les princes, lorsque les puissances étrangères seraient dans le cas d'agir contre la France, ce qu'on prévoyait devoir arriver par suite de la déclaration violente de TAssemblée. On me mandait en même temps que le comte de Caraman allaita Berlin pour le même objet, et qu'on envoyait aussi des émissaires dans les autres cours. Bombelles arriva effectivement le 2 L ; il alla d'abord chez le vice-chancelier, et vint ensuite chez moi, me prier de guider ses démarches. Il me demanda de ne lui faire aucune question sur l'objet de son voyage. Je le lui promis, mais quand je sus qu'il était venu à i'insu des princes, je refusai de le présenter dans le monde, sous le prétexte que n'ayant pas de caractère public, je devais en laisser le soin à d'autres, mais dans le fait pour attendre les ordres des princes sur la manière dont je devais me conduire avec quelqu'un qui n'était venu que pour les déjouer et les écarter des affaires.
Il eut une audience particulière de l'impératrice a