‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 162 sur 179 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

rErmitage, et dès le lendemain, j'appris par elle qu'elle lui avait répondu que le roi étant prisonnier de fait, toute démarche faite de sa part ne pouvait que le compromettre ou être suspecte; que pour elle elle regardait toujours les princes libres comme les véritables interprètes de ses intentions, et que dès qu'ils cessaient de l'être, son éloig^nement l'empéchcraitde faire autre chose que des vœux pour sa liberté, sa g^loire et son bonheur.

Le prince de î^assau arriva peu après à Pétersbourg[. Bombelles, que je lui présentai, s'adressa à lui pour être mieux traité à la cour; mais il n'y eut rien de changé. Dans la conversation que nous eûmes ensemble, je lui observai que l'on aurait de la peine a croire que le seul désir de voyager l'avait attiré en Russie; que M. Genêt, ministre de France, ne manquerait pas de rendre compte de son séjour, et que cela pourrait avoir des suites très dangereuses pour la sûreté du roi. Les nouvelles de France prouvaient en effet que les républicains ne négligaient rien des moyens d'aigrir le peuple contre la famille royale ; on faisait courir le bruit d'un projet nouveau d'évasion ; on ressuscitait contre la reine les souvenirs de l'affaire du collier; on échauffait le peuple pour la guerre ; à Vienne, M. Spielmann disait hautement que l'impératrice ne pressait l'empereur et le roi de Prusse de se mêler des affaires de France que pour réaliser pendant ce temps les vues qu'elle avait sur la

Polog^ne. Il est certain que la mission de Bombelles, quoiqu'elle n'eût pas rempli son objet, avait achevé de lasser Timpératrice en mettant en lumière le défaut d'accord qui existait entre les Tuileries et Goblentz, et les divisions et jalousies qui n'existaient que trop dans le cabinet des princes. M. de Bombelles fut moins bien traité que ne l'étaient les étrangers considérables qui venaient en Russie.

Par une lettredu 1 7 février, nous apprîmes que le projet des cours de Vienne et de Berlin était de faire marcher chacune un corps de trente mille hommes contre la France, pour obtenir le redressement des griefs des princes d'empire, mais sans parler aucunement de la constitution, la regardant comme librement acceptée par le roi. On ajoutait qu'en même temps, on obliquerait les princes et leur parti à désarmer, sauf à leur promettre de se mêler de leurs affaires dans des circonstances plus heureuses. A Berlin, on faisait de grands préparatifs. Le duc de Brunswick était arrivé à Potsdam et Bischofswerder (1) était allé à Vienne. On assurait que si l'impératrice s'engageait à ne rien entreprendre en Pologne, nos princes seraient appelés comme coopérateurs, mais qu'on exigeait d'eux qu'ils se tinssent tranquilles jusqu'à cette époque. Le même courrier m'apporta des lettres des princes : ils étaient fort choqués de la mission de Bombelles et pleins

(i) Le baron de Bischofswerder, qui fut employé à d'importantes missions diplomatiques par Frcd(^ric-Guillaume II .

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