‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 163 sur 179 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

d'inquiétude pour les suites qu'elle pouvait avoir pour la sécurité du roi.

Tant d'intrig[ues jointes au plan évident de la cour de Vienne de compter les princes et la constitua tion française pour rien dans la guerre qu'elle était disposée à n'avoir que dans le cas d'une déclaration préalable de l'Assemblée nationale, me faisait désirer de quitter Pétersbourgf, et ayant attendu d'en avoir la permission, que je sollicitai des princes, je pris le parti d'aller feire un tour à Moscou, pour ne pas quitter la Russie sans avoir vu cette ancienne capitale.

Peu après mon retour a Saint-Pétersbourg, le 1^ mars 1792, l'empereur Léopold II mourut à Vienne ; le 1 6 du même mois, le roi de Suède fut assassiné d'un coup de pistolet au bal masqué; il mourut le 29. Les Jacobins furent soupçonnés d'avoir con-» tribué à la mort de ces deux princes, et s'ils pouvaient se justifier de n'y avoir pas eu part, les éloges qu'ils firent du régicide et la joie qu'ils témoignèrent étaient faits pour donner de l'inquiétude à tous les souverains, pour qui ils annonçaient leur haine.

Le parti républicain, devenu le plus fort dans l'assemblée, obligea le roi à déclarer la guerre au roi de Hongrie, le 20 avril. Les princes profitèrent de ce moment pour demander la permission de s'armer et de former l'avant-garde d'une armée dont il paraissait que l'objet devait être le rétablissement de la monarchie française. Leur demande déplut. En ré-

ponse à une note remise en leur nom par le duc de Polig^nac, on observa qu'en faisant cette g^uerre, à laquelle il avait été provoqué, le roi de Hong^rie ne se proposait pas de séparer le roi de France d'une nation dont il avait accepté la constitution, et que le rétablissement de son autorité n'entrait pour rien dans le plan de la guerre.

L'impératrice Catherine désapprouva la lettre des princes, quoiqu'elle en admit tous les principes ; elle prévit qu'elle ferait un effet opposé à celui qu^îls en avaient espéré. Elle écrivit cependant au roi de Hodçrie et au roi de Prusse, pour les ençag^er à employer les émig^rés. La demande eut pour résultat que dans le plan de campag^ne on divisa les émig^rés en trois corps. Mais, on leur défendit de se rassembler avant le 5 juillet, et il fut évident qu'on les destinait à être aussi passifs qu'il serait possible. Gomme leur conduite pendant cette période a été fort calomniée, je crois de mon devoir de la justifier à beaucoup d'éçards, et pour ne pas être suspect, je serai sévère sur leurs véritables torts.

Je conviens que le grand nombre de femmes et de jeunes gens à Goblentz rappelait trop la vie de Versailles et donnait lieu aux intrigues, et aux mécontentements; que les prétentions des corps privilégiés et des maisons des princes ont occasionné une dépense qu'on eût pu éviter, et que la désunion des membres du conseil empêchait trop souvent que le secret des

Page 1