CHAPITRE ONZIÈME S
avait conseillé aux princes, tout en ménageant Tempereur, le roi de Prusse et les autres souverains coalisés, de se mettre en état d'agir indépendamment d'eux. Je crois de bonne foi que si Ton eût adopté ce plan dès le commencement, que si une économie parcimonieuse eût été la base de toutes les démarches de M. le comte d'Artois, depuis sa sortie de France, et que s'il eût joint aux sommes que les souverains lui ont données les ressources que chaque individu aurait pu prendre sur soi, les princes se seraient trouvés en 1 792 en état d'agir seuls. Mais qui, à leur place, ne se serait pas fié à toutes les promesses, à toutes les espérances qui leur revenaient de toutes parts, et qui eussent rendu cette parcimonie au moins inutile si on leur avait tenu parole?
Au commencement de juin, je fus chargé de demander à l'impératrice d'envoyer quinze ou vingt mille Busses pour se joindre aux armées coalisées. Elle y était engagée par ses traités avec l'empereur, et nos princes eussent été heureux de marcher avec les Busses, qui ne pouvaient inspirer aucune crainte de démembrement. Mais, le même motif qui feisait désirer aux princes que la Bussie envoyât une armée engagea le roi de Hongrie à lui demander de préférence les subsides auxquels elle s'était engagée en cas de guerre. Il lui représenta que réuni au roi de Prusse, il avait plus de troupes qu'il n'en fallait, et qu'il serait préférable qu*elle prouvât l'intérêt qu'elle prenait â la
cause en ajoutant aux subsides stipulés par les traités d'alliance les sommes que la marche des troupes lui eût coûtées, si elle eût été effectuée. L'impératrice, qui, je crois, n'était pas fâchée de ne pas envoyer des troupes, alors qu'elle commençait à en employer en Polog[ne, ne voulut pas cependant aug^menter les subsides. Elle allégua que Targuent qu'elle pourrait donner au-delà de celui qui était stipulé par les traités, serait plus utilement envoyé aux princes, partant toujours du plan qu'elle avait indiqué, de les faire agir avec les émigrés et quelques troupes, et de ne faire marcher les troupes autrichiennes et prussiennes que secondairement.
Ce projet fut rejeté par le roi de Hongrie, quoique l'impératrice eût fait remarquer qu'après avoir rétabli Louis XVI sur le trône de ses pères, il lui serait fort aisé de traiter avec lui pour les indemnités des dépenses de cette guerre, et de prendre des places ou même des provinces en nantissement jusqu'au payement des sommes convenues, qui pouvaient être telles qu'on pourrait s'assurer à jamais de garder lesdites places ou provinces. Il ne fut fait que des réponses vagues sur ces objets, et le plan concerté entre les cours de Vienne et de Berlin, et approuvé sans doute par le baron de Breteuil au nom du roi, n'en fut pas moins suivi.
Le secret qu*on gardait aux princes et la feçon de penser du cabinet de Vienne, qu'il ne dissimulait pas,