CHAPITRE PREMIER
de la lettre, mais tous se réunissaient pour la trouver ridicule. Je n'eus d'autre parti à prendre pour échapper aux railleries que je méritais si bien qu'à demander aussi une copie de cette fatale lettre et de faire semblant de rire aux dépens du sot qui l'avait écrite. J'ai su depuis qu'un de ceux qui montaient à cheval avec moi était l'amant favorisé de la belle et qu'elle lui avait fait le sacrifice de la lettre, dont il avait fait l'usagée que je viens de dire, pour dég^oûter les rivaux qui auraient pu être attirés par la mine jolie et coquette de sa belle.
L'année 1857, qui s'ouvrit par la tentative d'assassinat de Damiens sur la personne du roi Louis XV, vit aussi se g[énéraliser la g^uerre contre la France. M. de la Galissonnière (1) avait battu l'escadre angolaise commandée par l'amiral Byng^ (2) ; la prise de Mahon par le maréchal de Richelieu (3) avait été la conséquence et la suite de cette bataille. La cour de Versailles venait de conclure un traité d'alliance avec l'impératrice-reine. En vertu de ce traité, la France
(1) Une des gloires de la marine française, né en 1693, mort en 1756. C'est comme commandant de l'escadre qui avait transporté à Minorque le corps expéditionnaire qu'y conduisait le duc de Richelieu, que La Galissonnière, attaqué par la flotte anglaise, sous les ordres de l'amiral Byng, la mit en déroute le 17 mai 1756.
(2) On sait qu'à la suite de cette défaite l'amiral John Byng fat traduit devant un conseil de guerre et fusillé.
(3) Non moins connu par les scandales de sa vie, qui ont défrayé les mémoires du temps, la chronique et même le théâtre, que par ses campagnes militaires et la prise de Port-Mahon, qui est son principal titre de gloire.
Î6 MEMOIRES Dn C" VALENTIN ESTERHAZY devait fournir vingt-quatre mille hommes à TAutriche, pour marcher contre le roi de Prusse, qui s'était allié aux Anglais et était entré en Saxe, dont il s'était emparé.
Je ne rappelle ces grands événements politiques et militaires que pour fixer, mes enfants, vos idées sur les époques. Le prince de Soubise (I) fut nommé pour commander ces vingt-quatre mille hommes, et tout ce qui avait du crédit l'employait & foire partie de cette armée. Depuis la disgrâce du comte d'Argenson, ministre de la guerre (â) et ami du comte de Bercheny, le crédit de ce dernier était diminué. Malgré ses démarches, il ne put obtenir que le régiment de son fils fût désigné pour aller à l'ennemi. En revanche, et comme il me l'annonça bientôt, il obtint pour moi l'agrément d'y acheter une compagnie.
Au commencement de cette année, le maréchal d'Eetrées (3) alla porter à Vienne la ratification du traité de Versailles et prendre avec cette cour des arrangements pour la campagne. Le résultat de sa négocation fut qu'indépendamment des vingt^uatre mille hommes prescrits par le traité, la France en enverrait soixante mille sur le bas Rhin, qui attaque-
(1) luu de la maiion de Rohm, ai en 1715, maréchal de Praoce en 175T, au*» mBUTaU général qu'habile courutan, moarui en 17S7.
(2) Il avBÎl auccoDibé en 1T5H à l'inimilié de Mme de Pompadour. "" "clit-Rli de l.oucoU, el longlciiipi connu loui le nom de mar-
Courlanvaui, il prit en 1T37 celui de comte d'Eatréea, qui naît i *B mère. Aprèi une brillante carrière militaire, il fut (ait il de France en 1757. Crié duc eo 1763, il mourut en ITIk.