CHAPITRE PREMIER
raient les possessions prussiennes en Westphalie et pénétreraient ensuite dans le pays de Hanovre pendant que Tarmée de Soubise s'emparerait de la Hesse. Le maréchal d'Estrées devait les commander.
Lorsqu'en allant à Vienne il avait passé par Lunéville, le comte de Bercheny lui avait demandé de s'entremettre pour obtenir, à la faveur de l'alliance conclue entre les maisons d'Autriche et de Bourbon, la levée de la proscription dont il était frappé ainsi que sa famille, et qui datait du temps de l'empereur Joseph I*'. Le maréchal plaida chaleureusement cette cause auprès de Marie-Thérèse. La grâce du proscrit lui fut accordée, sous la seule réserve qu'elle ne lui donnait aucun droit sur ses biens, qui avaient été confisqués, soit au profit de la commune, soit au profit de particuliers. Même avec cette réserve, la grâce était une chose heureuse pour le comte de Bercheny. Un autre bonheur suivit celui-là. Il fut nommé lieutenant-général et pourvu d'un commandement dans l'armée d'Estrées. Le régiment de son nom» que commandait son fils, fut désigné en même temps pour faire partie de l'armée de Soubise. On décida qu'un premier détachement partirait au printemps et que le reste suivrait dès que les effectifs seraient au complet.
C'est au commencement du carême de cette année que le comte de Bercheny me fit venir un matin dans son cabinet.
«— Ftam, me dit-il, je vous ai élevé comme mes
28 MÊMOIBES DU C" VAI.ENTIN ESTERHAZY «nfnnts; je n'ai mis aucune différence entre eux et TOUS ; vous avez répondu à mes soins, mais il me reste à vous mettre à portée de faire votre chemin d'une manière digne de votre naissance. Dans ce but, je viens d'obtenir pour vous l'agrément d'acheter une compagnie dans le régiment de mon fils. En vous 'donnant des appointements suffisants pour vivre, elle vous mettra à même de vous foire connaître à la guerre qui vient de commencer. J'ai payé cette compagnie dix mille florins pour vous, et comme j'ai six «nfants à qui je suis comptable de ce que je puis avoir amassé de biens, si vous vivez, vous me rendrez peu à peu cette somme sur les économies de la campagne. Si je vous perds, quelque considérable qu'elle soit en raison àe mn fortune, elle sera toutefois ce que je regretterai le moins. Il m'embrassa après ce discours, et en me remettant mon brevet il ajouta : — Je veux vous mener moi-même au régiment de mon file, et vous recommander aux officiers qui ont foit la guerre sous mes ordres. Suivez leurs avis, profitez ■de leurs exemples, vivez dans la crainte de Dieu, soyez obéissant et subordonné à vos supérieurs, doux et complaisant pour vos égaux, et juste envers vos inférieurs; donnez-leur l'exemple du courage et de Ja bonne conduite. Enfin, /iam, montrez-vous digne du sang que d'illustres ancêtres vous ont transrais, soyez
)urs un irjaz Magyar (véritable Hongrois) et un
haiena [brave huszar) .