‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 21 sur 179 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Débuts militaires. — Premières campagnes. — Mes chefs. — Je gagne la protection du maréchal d'Armentiëres et du duc de Broglie. — Voyage en Hollande. — Bataille de Minden. — Le comte de Broglie. — Mon séjour à Paris. — Heureux coup de main. -— II me vaut une maîtresse. — Le démon du jeu.

Nous passâmes le Wezer à Hoxter, et après quelques fusillades successives, on attaqua, le 26 juillet 1757, M. le duc de Gumberland (1) à Hastenbek, près de Hameln ; on le battit, et le reste de la campagpne nous ne revîmes presque plus les ennemis, qui se retiraient toujours devant nous. Le maréchal de Richelieu vint remplacer le maréchal d'Estrées peu après la bataille.

Pendant que nous étions maîtres du pays de Hanovre, le prince de Soubise s'était emparé de la Hesse et se réunissait dans la Saxe avec Tarmée de Tempire, que commandait le prince de Saxe Hildburg^hausen. L'ennemi fit mine de vouloir tenir sur le bord de la Wtlmmer les châteaux d'Otterberç et du Rottersbourg^, mais la crainte d'être tourné le détermina encore â abandonner cette position et à se

(1) L*un des fils de Georges II, roi d'Angleterre.

retirer du côté de Stade, vers Tembouchure de TElbe. Le maréchal avança à Glosterseven, où, par la médiation de M. de Linar, ministre du roi de Danemark, se fit une capitulation (1) qui, si elle eût été tenue, eût terminé g^lorieusement cette campagpie, parce que Tarmée hanovrienne devait se disperser et laisser les pays de Hanovre et de Brunswick à la merci des troupes françaises.

Une suspension d'armes suivit la capitulation. Le rég[iment reçut ordre d'aller à Halberstadt et de s'y réunir à un petit corps que commandait M. de Voyer, pendant que toute Tarmée suivait la même route. Jeune, sans expérience, plein d'ardeur et d'envie de faire mon chemin, je ne pus dans cette campag^ne que montrer un g^rand zèle et une grande activité. Quand il y avait des détachements commandés dont je n'étais pas, je demandais d'y aller comme volontaire, et on me voyait toujours aux avant-postes. Cela me fit distinguer des généraux. Le duc, aujourd'hui maréchal, de Broglie (2) , remarqua mon zèle et l'augmenta par les éloges qu'il en faisait; le ministre.

(1) Après que le maréchal de Richelieu y eut mis Farmée anglohanovrienne, commandée par le duc de Cumberland, hors d'ëtat de se défendre.

(2) Né en 1718, mort en 1804, duc de Broglie en 1745 à la mort de son père, fut comme lui maréchal de France. Sa promotion est de 1759, il recrut alors le commandement de l'armée d'Allemagne, au lieu et place de Contade, et le perdit après la défaite de Villenshauer racontée plus loin. 11 émigra et mourut à Munster en 1804. A Coblentz, il avait commandé Tarmée des princes.

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