CHAPITRE DEUXIEME
depuis maréchal d'Armentières (1), louait mon activité et ma subordination.
Ce qui me valut sa faveur fut le fait suivant. Ce g[énéral brave et actif, d'une vivacité extrême, était à Favani-garde et j'étais du piquet. Voyant les ennemis se retirer de lui, il donna l'ordre au piquet de les poursuivre. Je partis sur-le-champ au g^rand trot. Mais, la hauteur d'où l'ennemi se retirait était séparée de nous par un g^rand ravin très profond et impraticable à cheval. Je dus m'arrêter et j'envoyai quelques hussards pour le longer et voir s'ils trouvaient un passag^e. Pendant que je faisais halte avec le reste de ma troupe en attendant leur retour, le g[énéral, impatient, vint lui-même au g[alop en me criant d'avancer. Il arriva jusqu'au bord du ravin et déclara qu'il fallait y passer. Les hussards ne portaient pas d'outils et le ravin avait près de ving^t pieds de profondeur. Je n'en fis pas moins sur-le-champ mettre pied à terre à ma troupe et donnai l'exemple le premier de détruire à coups de talon la crête du ravin. Trois mois de travail pénible ne l'eussent pu combler, mais cet acte de volonté plut tant au marquis qu'il m'embrassa et me dit :
— Mon enfant, si chacun obéissait ainsi, bien des choses jug[ées impossibles se trouveraient aisées!
Depuis ce temps et jusqu'à sa mort, le maréchal
(1) Louis de Brienne de Gooflans, marquis d'Armentièrcs.
8S HÉMOIRES D0 C" VALBNTIN BSTERHAZY
ne laissa échapper aucune occasion de m'obliger. Il raconta même cette aventure à Louis XV, qui plus tard m'en loua publiquement à la chasse. L'acte d'obéissance qui m'avait mis en ihveur près du maréchal d'Armentières, mon activité me valurent aussi les bontés du maréchal de Broglie. Je leur ai dû mon avancement et d'avoir été placé sur le chemin de la fortune.
Du reste, j'ai toujours eu pour principe à la guerre de ne jamais entendre tirer des coups de fusil sans monter à cheval et sans y aller, si cela ne compromettait pas mon service. Un matin, au point du jour, j'entendis auprès d'Ottersberg tirer des coups de fusil. Je courus à l'endroit où je les avais entendus; j'appris qu'une patrouille ennemie s'était avancée jusque sous le feu d'un poste d'infanterie qui était sur la chaussée et qui avait tiré sur elle. En même temps, on me fit remarquer qu'on ne voyait plus le camp de l'ennemi là où je l'avais vu la veille. Je n'avais point de lunette, mais j'avais de bons yeux et ne vis plus de camp.
Charmé d'être le premier instruit du départ de
l'ennemi, je courus vite chez le duc de Broglie pour
lui apprendre cette nouvelle. Il reçut mon rapport
comme douteux, me fit déjeuner avec lui, et me dit
lit lui-même vérifier mon dire. Il m'ordonna
vre, et j'en fus enchanté, persuadé que j'allais
ver que j'avais bien vu. Mais quelle ne fut
honte lorsqu'eu approchant du lieu d'où le