CHAPITRE DEUXIÈME
terrain du camp m'était apparu abandonné, j'aperçus clairement les tentes à la même place que la veille. Après avoir joui un moment de mon embarras, le duc me dit que cette erreur était pardonnable à mon âg^e, que les tentes inondées par la rosée prenaient une teinte g^rise qui empêchait de les disting^uer de la terre, mais que le soleil en les séchant les rendait blanches et visibles. En même temps, il loua mon activité et dit qu'un jeune ofBcier de hussards devait toujours donner les premières nouvelles. Après la capitulation, il paHit pour aller renforcer l'armée de Soubise, et le rég^iment resta aux ordres de M. Voyer, en avant d'Halberstadt, d'où nous fimes des détachements jusqu'aux portes de Magdebourg^.
Après la bataille de Rosbach, nous primes des quartiers d'hiver à Wannfriede, sur la haute Werra. Mais la rupture de la capitulation ayant décidé le maréchal de Richelieu à rassembler son armée, nous arrivâmes vers la mi-décembre sur le bord de l'Aller, auprès de ZicU. Nous y restâmes jusqu'à la fin janvier 1758, et nous vînmes prendre des quartiers de cantonnement dans le Harz. Mais ce ne fut que pour peu de temps. Le prince Ferdinand de Brunswick, qui avait pris le commandement de l'armée hanovrienne, marchant par sa droite, oblig^ea le comte de Glermont, qui avait succédé au maréchal de Richelieu, de se retirer jusque derrière le Rhin, où nous arrivâmes au mois d'avril 1758, après la retraite la plus honteuse et la plus
pénible, sans avoir seulement rencontré les ennemis une seule fois.
Arrivé sur la rive droite du Rhin, j'eus une espèce de 6èvre malig^ne dans le villag^e de cantonnement. J'eus la chance de me rétablir, plus heureux que deux de mes camarades qui en moururent. Les quartiers du régiment furent les environs du pays de Cologne. Nous nous occupions à nous refaire, lorsque le prince Ferdinand (l) passa lui-même le Rhin à Esmark et surprit le quartier du régiment de Bellefbnds. L'armée se réunit à Xanten, mais, bientôt après, recula jusqu'à Crevelt, où elle fut battue; de là, elle se retira sur Cologne, et je ne sais plus jusqu'où on aurait été si le comte de Clermont n'eût pas été rappelé. Le marquis de Contades (2) , premier lieutenant général de l'armée, en eut le commandement. Il marcha d'abord en avant. Les deux armées se trouvèrent très près Tune de l'autre sur les bords de l'Erft, et l'avantage de la position étant pour le maréchal de Contades, le prince
(1) he prince Ferdinand de Brunswickf désigné aussi sous le nom de prince héréditaire en sa qualité de fils et d'héritier du duc régnant de Brunswick, qui prit part également à la guerre de Sept ans et auquel il succéda en 1781, était l'oncle du fameux duc de Brunswick qui commandait les armées alliées, lors de la campagne de 1792, et devint duc régnant durant la même année.
(2) Erasme, marquis de Contades, né en 1704, fut promu au maréchalat en 1758, après une brillante carrière militaire. Appelé l'année suivante au commandement de l'armée d'Allemagne, perdit, le 1*' avril 1759, contre le duc de Brunswick, la bataille de Minden. Remplacé par le maréchal de Broglie, il devint plus tard gouverneur de l'Alsace et mourut à Livry en 1793. Il passait pour le père du fameux Hérault de Séchelles. Voir mon livre Le roman d*un conventionnel.