‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 24 sur 179 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Ferdinand employa ses nuits à passer TErft, ce qu'il fit sans perdre un homme. De là, il s'occupa à repasser le Rhin, mais à chaque marche rétrog^rade qu'il feisait, il laissait quelques corps pour masquer sa retraite. Ce fut à une de ces petites affaires que près Voldniel, aux ordres du comte de Saint-Germain, je reçus un coup de fusil à Tétrier de mon cheval, qui me fit une forte contusion au pied.

Je me rappelle que dans le pays de Juliers je fus envoyé en détachement aux ordres de M. Deak, lieutenant-colonel à la suite du rég[iment, pour aller enlever un poste de cavalerie hanovrienne qui était dans la petite ville de Limich sur la Ruhr, nous marchâmes toute la nuit, et passâmes le jour à faire mang^er nos chevaux. Le soir nous partions et arrivâmes dans un villag^e près de Limich, où Deak nous fit mettre tous les cent cinquante chevaux dans un verger qui n'avait qu'une issue. Nous y passâmes la nuit, et le lendemain matin nous surprimes le poste au point du jour et nous en primes une partie. Je ne cite pas ce fait comme un exemple à suivre ; mais il est sûr que si nous avions passé la nuit à un endroit où l'on eût pu nous voir, nous aurions manqué notre objet. Il est des cas où l'on ne peut espérer des succès qu'en s'écartant des règles ; il est vrai que si l'on échoue on est plus répréhensible.

Le prince Ferdinand repassa le Rhin auprès de Clèves, sans être entamé, ni même suivi. Le fleuve,

qui était un peu débordé, ne fut passé par Tarmèe française que plusieurs jours après, près de Wesel. Les deux armées occupèrent chacune une rive de la Lippe ; les Français s'étendaient sur la rive gauche depuis Wesel, et les Hanovriens sur la droite, tenant Lippstadt; quelques affaires de portée insignifiante furent les seules opérations qui mirent ces troupes aux prises.

I^ous fûmes campés près de Hamm, aux ordres de M. le comte de Chabot (1). A la fin de septembre M. de Contades envoya M. de Chevert, lieutenantgénéral (2) , avec un gros détachement de son armée pour aller renforcer M. de Soubise, qui était campé sous Gassel et qui avait devant lui un corps de Hanovriens et de Hessois, commandé par le prince d'Isembourg. Le régiment fit Tavant-garde de ce détachement et nous arrivâmes à Cassel sans voir les ennemis. Le 8 octobre, après avoir séjourné un jour, nous marchâmes le 10, et M. de Chevert attaqua leur gauche, qu'il repoussa et obligea de passer la Werra à Minden. La nuit, on leur prit quelques canons dans la retraite.

Le lendemain, le régiment passa la Werra pour reconnaître Tarmée ennemie. Nous la vîmes campée à

(1) II était maréchal de camp; il devint lieutenant général et duc de Rohan-Chabot.

(2) Un de» plus glorieux soldaU de France. Né en 1695, à Verdun, mêlé à toutes les grandes actions militaires du dix-huitième siècle, il est l'un des très rares généraux de cette époque qui n'aient rien dû à la faveur et ne devaient leur grade qu'à leurs services. Il mourut en

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