‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 25 sur 179 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Draufeld. Après quelques escarmouches, nous nous retirâmes à Minden, d'où on nous envoya rejoindre M. de Chevertqui, après deux jours de repos, repartit pour se réunir à Tarmée de Gontades. Après le départ de M. de Chevert, on plaça à Soest M. le duc de Chevreuse (1) avec tous les drageons, pour être intermédiaire entre les armées de Gontades et de Soubise. Mais il fut surpris par la g^arnison de Lippstadt et battu. A notre arrivée, les ennemis s'étaient retirés. Nous occupâmes le poste que le duc de Ghevreuse avait abandonné, et nous y restâmes jusqu'à ce que Ton prit les quartiers d'hiver, qui furent établis sur la rive gauche du Rhin en tenant Wesel, Duisbourg et Dusseldorf. Le quartier général fut à Grevelt. Le régiment cantonné dans les villages derrière Wesel avait son état-major dans cette ville et des détachements dans diverses localités sur le Rhin.

L'hiver fut fort tranquille. Au printemps, mon colonel me mena faire le tour de la Hollande, avec M. Neuf et M. de Grave, capitaine du régiment. Nous allâmes de Nimègue à Rotterdam, Delft, La Haye, Harlem, Amsterdam et nous revînmes par Utrecht. Nous fûmes trois semaines à notre voyage. Nous vîmes ce que l'on peut lire dans toutes les relations

(i) Descendant d'Albert de Luynes, le favori de Louis XIII, il comptait parmi ses aïeux la fameuse Marie de Rohan, duchesse de Ghevreuse, l'une des héroïnes de la Fronde. Il fut lieutenant général sous Louis XV.

41 MEMOIRES DU C" VALENTIN ESTERFIAZY de ceux qui ont feit le même tour. A notre retour à Wesel, nous apprîmes le gain de la bataille de Bergfen par le duc de Broglie, et nous reçûmes ordre de remonter le Rhin jusqu'à Dusseldorf.

A notre première marche de Wesel, le comte de Bercheny reçut une lettre du comte de Polignac, parent de sa femme, qui était ù Aix-la-Chapelle et qui l'engageait à me laisser venir passer deux ou trois jours dans cette ville, où la comtesse de Paar, née Esterhazy, avait un grand désir de me voir. Il lui mandait que je pouvais rejoindre facilement le régiment en poste, et que ce voyage pourrait m'étre utile. D'après cette lettre, je partis aussitôt et arrivai à Aix. Ma tante me reçut à merveille, parut contente de moi, m'engagea de venir l'hiver à Paris, oà elle comptait aller, et me donna trois cents ducats pour les frais de mon voyage. Je retournai fort content de ma corvée et rejoignis le régiment à quelques lieues de Giessen, où l'armée se rassemblait. En marchant en avant, nous rencontrâmes très peu les ennemis; ils se retiraient devant nous. Nous faisions l'avant-garde de la cavalerie de gauche aux ordres du comte de Turpin, du côté de Rittberg; mais un détachement de deux cents chevaux aux ordres de M. de Wiet fut un peu battu, et Solyam, lieutenant de ma compagnie, fort brave garçon, y fut tué; je le regrettai beaucoup.

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