‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 26 sur 179 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Ce fut en avant de cette ville que nous apprîmes que le corps de Fischer s'était emparé de Minden. La prise de cette ville détermina M. de Gontades à passer les montag^nes et à se camper sous les g^lacis de la ville, ayant un marais devant sa g^auche. Le régiment fut envoyé jusqu'à Brabourg, pendant que M. d'Armentières faisait le siège de Munster. Mais le prince Ferdinand s'étant arrêté à Todenhausen, vis-à-vis Minden, on nous rapprocha de Tarmée et on nous plaça à Lubeck, tout à fait à la gauche, le long de ce marais qui la couvrait et qui était traversé par plusieurs chaussées.

Nous étions depuis plusieurs jours dans cette position, faisant des détachements de Tautre côté du marais, lorsque nous apprîmes que le prince héréditaire de Brunswick avait tourné notre gauche et se portait sur nos derrières. On fit partir un détachement aux ordres de M . le duc de Brissac pour se porter du côté des salines de Remen, couvrir les équipages qui étaient dans cette partie, et empêcher Brunswick de se porter derrière Tarmée, qui était décidée d'attaquer le prince Ferdinand dans le moment où ses troupes étaient affaiblies par la défaite de son neveu. Nous eûmes ordre de rester à Lubeck jusqu'à nouvel ordre du duc de Brissac, ou au cas que les ennemis nous attaquassent. C'est ce qui arriva le 30 juillet. Mais nous ne fûmes pas suivis au delà des gorges et nous pûmes rejoindre tranquillement le corps du duc, qui était

sur la rive droite de la petite rivière des salines. Le 31 se passa en escarmouches avec des postes ennemis d'un côté du ruisseau à Tautre. Le 1*^ août, pendant que le maréchal de Contades marchait pour attaquer le prince Ferdinand, le duc de Brissac eut ordre de passer le ruisseau et de contenir le prince héréditaire de Brunswick. Nous partîmes au point du jour. Mais, à peine fûmes-nous déployés dans la plaine, que nous vîmes les ennemis en bataille et essuyâmes

le feu de leur artillerie. J'étais du piquet et fus envoyé

en avant de la droite, du côté des montagnes. Des boulets perdus venaient quelquefois de notre côté, et le cornette de mon régiment eut la tête emportée.

D'ailleurs, ayant devant nous des broussailles assez hautes, nous ne pouvions pas voir ce qui se passait en avant. Nous avions entendu une décharge de mousqueterie, et immédiatement après nous avions aperçu des chevaux sans maître, courant dans les broussailles. J'envoyai des hussards pour les rattraper et je constatai, quand ils les ramenèrent, que c'étaient ceux de la gendarmerie. L'inquiétude que cette observation m'avait donnée fut tournée en certitude quand M. Borz, capitaine du piquet du régiment de Turpin et mon ancien, vint me dire que toute la plaine était pleine de fuyards français, que l'infanterie tâchait de gagner les gorges et que, ne recevant point d'ordres, il fallait penser à nous retirer, sans quoi nous serions coupés de nos régiments. Nous retirâmes nos postes

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