‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 28 sur 179 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

prince Ferdinand était de faire arriver le prince héréditaire sur notre débouché, et de ne nous attaquer sérieusement que quand notre retraite serait coupée. De Grave eut un coup de fusil à travers le corps.

Enfin nous arrivâmes à Gassel, et, à notre g^rande satisfaction, nous retrouvâmes une partie de nos camarades que nous avions crus perdus, et même quelques équipages échappés à la perte g^énérale de ceux de Tarmée dont les ennemis s'étaient emparés dans les défilés d'Herranden. Le comte de Bercheny retrouva son frère et son oncle. Au total, il nous fut prouvé que le rég^iment avait perdu infiniment moins de monde que nous n'avions cru. On nous cantonna auprès de Gassel, et comme, d'après les états que le colonel avait donnés d'un côté et le lieutenant-colonel de l'autre, le rég^iment semblait avoir perdu la moitié de son effectif, on le comprit parmi ceux qui devaient rentrer en France afin de se remettre de leurs pertes.

On nous fit partir de Gassel avant l'armée et nous fûmes envoyés à Windeken, près de Francfort, en attendant que l'on nous expédiât les ordres pour retourner en France. En y entrant, je perdais toute occasion de me distinguer et d'obtenir de l'avancement, et la campagne était trop peu avancée pour ne pas espérer qu'il se présenterait encore des occasions d'agir. Je ne connaissais pas assez particulièrement d'officiers généraux pour demander de rester comme

ta MÉMOIRES DO C" VAI.ENTIN ESTEBHAZY aide de camp; de plus, il ne me restait plus qu'un cheval de monture ; n'étant plus avec ma compagnie, je perdais la fecilité de monter les chevaux des hussards malades ou absents. Je suivis donc tristement ma destinée au milieu des personnes charmées d'aller voir leurs femmes et de se tranquilliser chez elles.

Cette nouvelle donna beaucoup d'inquiétude à nos chef^; ils craignaient qu'on ne leur reprochât d'avoir exagéré la perte et plus encore qu'on changeât la destination du régiment et qu'on ne le renvoyât en campagne. Pour éviter ces deux inconvénients, on convint de faire cacher dans les bois des chevaux et des hussards, et on espéra regagner en supposant des recrues et des remontes promptement faites, ce qu'il en coûterait pour les payer et nourrir pendant plusieurs jours. D'ailleurs, chaque cheval tué ou perdu à la guerre étant payé cent cinquante florins, cette somme pouvait suffire pour le supplément.

Comme les compagnies appartenaient aux capitaines, il fallut assembler ceux-ci pour leur proposer tte supercherie. Je m'y opposai, dans l'espoir que le ^ment ne partirait pas. Mais, étant seul de cet is, la proposition n'en passa pas moins. J'obtins pendant que l'on demanderait qu'un détachement régiment fût laissé â l'armée, et que l'on ferait sorte que j'y fosse compris. A l'arrivée de M. de gué, je rappelai la promesse qu'on m'avait faite.

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