CHAPITRE III
Suite de mes campagnes. — Ce qui m'arrive en rejoignant mon régiment. — Une retraite accidentée. -— Le blocus de Gœttingue. — Je suis nommé colonel au régiment de Bercheny. — Aventures d'espionnage. — Mon expédition à Southern. — Le maréchal de Laval. — Les otages d'Ahlfeld. — Marche du prince Ferdinand sur ce village.
A cette époque, il me fut ordonné de rejoindre mon régiment devant Dillembourg. Il était à Tavant^garde de droite de Tarmée du maréchal de Brog^lie. Pour me rendre à ma destination, je passai par un villag^e où étaient restés le trésor, l'intendant et le général des vivres, ayant pour escorte cent cinquante hommes d'infanterie, commandés par un lieutenant-colonel allemand. Ge village était à deux lieues de Marbourg, dont les ennemis tenaient encore le château avec une centaine de fantassins, et une douzaine de hussards. Une patrouille de ces hussards avait paru sur les hauteurs du village, et il n'en avait pas fallu davantage pour inquiéter l'intendant, le trésorier et autres personnages considérables dans l'armée, mais peu disposés à combattre.
Pour comble de malheur, le lieutenant- colonel
chargée de les protég^er aimait à boire. Il était complètement ivre au moment de mon arrivée près de ces messieurs à arguent, ce qui fut cause qu'ils m'acueillirent avec la plus vive satisfaction, assurés d'être défendus s'ils étaient attaqués. Mais ils furent bien déçus quand ils apprirent que je ne faisais que passer, ayant ordre de marcher jusqu'à ce que j'eusse trouvé mon régiment, qui devait être dans les environs de Schweinsburg, sur l'Ohm.
L'intendant, M. Gayot, me dépêcha son fils, que je connaissais, pour me déclarer qu'il prenait sur lui de me retenir, avec les soixante hussards que je commandais. En restant, ajoutait le messag^er, je sauvais peutêtre les objets les plus importants pour le service du roi. M. de Lanken, le lieutenant-colonel dont j'ai parlé, vint à la rescousse. Il me dit en balbutiant qu'il me l'ordonnait. C'était formel et j'obéis, couvert par une lettre de l'intendant au maréchal de Broglie, qui me fut remise ouverte et que je gardai pour ma justification.
Regardé comme le libérateur de tous ces messieurs qui étaient fort effrayés, ils m'offrirent de me loger dans le village, ce que je refusai. Je me plaçai le long d'une haie, du côté de Marbourg et je demandai seulement du fourrrage et de la viande. Je poussai une patrouille jusqu'auprès de Marbourg et les trois ou quatre hussards ennemis qui avaient paru étant rentrés dans leur château, je revins à ma