‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 37 sur 179 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

haie, où je trouvai grande abondance du meilleur fourrag^e, de la viande, du jl>ain blanc pour mes hussards, ainsi que deux mulets chargées d'un excellent souper pour moi et les officiers, et de force flacons de vin, mais si bon que nous fûmes très disposés à excuser M. de Lanken d'en avoir trop bu. Le lendemain, vers midi, le passage de TOhm s'effectua, et le quartier général étant établi à Schweinsburg où le trésor devait se rendre, on me permit de repartir. Je n'en profitai qu'après avoir bien diné.

A mon arrivée au quartier général, le maréchal de Broglie n'y étant plus, je me rendis chez le comte son frère, qui me fit d'abord son compliment sur ce que j'avais été absent du régiment, lorsqu'il s'était maladroitement laissé surprendre à Zeilbach. Il se plaignit beaucoup de la conduite de mes chefs, me dit de mettre mon détachement auprès de la garde de cavalerie du quartier général, et d'attendre le retour de son frère. Lorsque le maréchal fut rentré, il me retint à souper. Il me dit que je lui servirais d'escorte le lendemain, et que de là je rejoindrais le régiment. L'armée vint camper près d'Ahlfeld et s'y réunit; le maréchal passa sa revue. Il y eut une réjouissance pour une victoire remportée par les Autrichiens sur le roi de Prusse.

Le jour d'après, l'armée marcha par sa gauche pour gagner les défilés de Frankenberg et y devancer le prince Ferdinand. Nous fûmes détachés avec le régi-

ment que j'avais rejoint au camp d'Ahlfeld, aux ordres du baron de Glaubitz, pour rester sur la droite de l'armée, à très peu de distance du camp qu'elle venait de quitter. Notre objet était d'observer et de contenir la garnison deZiegenhyan, que les ennemis occupaient. Mais, M. de Glaubitz ayant eu avis que le prince héréditaire avait été détaché pour marcher sur Marbourg, où étaient les forces de l'armée, il se disposa à repasser rOhm et à garder les passages de cette rivière. En nous retirant, nous trouvâmes les bois qui étaient sur notre droite occupés par des chasseurs. Nous nous contentâmes de tirailler avec eux, et nous vînmes camper à Emsdorf, ayant un ruisseau marécageux devant le front. Le village d'Emsdorf étaità la gauche en arrière, et les bois se prolongeaient jusqu'auprès du village. On y fit quelques abatis où on plaça des gardes, et des patrouilles s'avancèrent jusqu'au ruisseau qui passait aussi dans le bois, et que les chasseurs ennemis gardaient. Il y eut encore quelques coups de fusil, mais qui ne signifiaient rien.

Le lendemain, on donna ordre de partir dès que l'on aurait reçu le pain qui était dû de la veille. Les caissons n'arrivèrent que vers trois heures de l'aprèsmidi, et pendant que les soldats étaient à la distribution, on entendit du canon à la gauche du régiment de Royal-Bavière. Son colonel, comte d'Helfenbourg, fils naturel de l'Électeur, y courut avec ce qu'il put ramasser de son régiment; mais il y fut tué. Les ennemis

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