‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 38 sur 179 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

pénétrèrent jusqu'aux feisceaux, avant que les soldats eussent pu prendre les armes. Le désordre s'ensuivit, et si les ennemis eussent débouché en masse, tout eût été dit. Mais par bonheur, ils avaient, avant de pouvoir traverser le ruisseau, un long défilé à franchir. Cela donna le temps à M. de Glaubitz de rassembler son monde et d'ordonner la retraite.

Elle se fit sans ordre, les chemins n'étant pas reconnus. On passa par des marais où il fallut laisser les canons. Devancés dans toutes les plaines par la cavalerie angolaise d'Elliot, nous étions obligées de suivre la lisière des bois, ce qui allong^ea beaucoup notre marche. Enfin les bois cessèrent et nous nous trouvâmes dans une petite vallée qu'il fallait traverser pour gag^ner un village à peu près à moitié chemin du bois. En avant de ce village, nous vîmes le régiment d'Elliot arriver sur nous au grand trot. Nous nous formâmes ; ce qui restait du régiment fut chargé et renversé. Mais les cavaliers anglais étaient si peu maîtres de leurs chevaux que, quoiqu'ils nous eussent culbutés, nous leur fîmes beaucoup de prisonniers. Le général, après cette charge, nous lança sur l'infanterie ennemie, qui était en bataille à cent pas en avant du village, derrière quelques tas de pierre, et nous barrait le chemin. Cette tentative échoua. Nos hussards s'enfuirent et la déroute devint telle qu'il n'y avait pas dix hommes ensemble.

Entraîné dans cette fuite désordonnée, je me trouvai

au bout d'un quart d'heure dans les bois avec quatre officiers et un hussard de ma compagnie. L'un de ces officiers, M. Neuf, ayant un cheval qui hennissait et attirait l'attention sur nous, nous dûmes nous séparer. M. Neuf resta avec son lieutenant d'un côté; j'allai de l'autre avec M. Onody et mon hussard. M. Neuf fut pris. Quant à nous, nous parvînmes à traverser l'Ohm à Hombourg^, avant que les ennemis eussent pénétré jusque-là. Personne n'ayant pu me donner des nouvelles de mon rég^iment, je commençai à craindre qu'il n'eût été pris en entier. Je passai la nuit dans un champ, caché par des g^erbes de blé. Au matin, nous nous mimes en marche sur Marbourg. Nous y arrivâmes vers midi, et là j'appris qu'une partie du régiment nous y avait devancés, se dirigeant sur Giessen. Dès la veille, plusieurs domestiques avec des équipages, étaient arrivés, annonçant que notre infanterie s'était rendue prisonnière de guerre, ainsi que le général de Glaubitz. Je me décidai donc à aller à Giessen où je trouvai un de mes domestiques, un de mes chevaux et un porte-manteau. J'avais acheté pour quinze louis deux chevaux de prise; j'en revendis un cinquante louis à M. le comte d'Eyriès, qui commandait à Marbourg, et l'autre me servit tout le reste de la guerre.

La retraite du régiment donna beaucoup d'humeur au maréchal de Broglie, qui lui en voulait depuisl'affaire de Zeilbach. Il le laissa dans des cantonne*

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