‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 42 sur 179 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Iriènie se trompa de chemin. Luckiier sortit avec tout son corps par la porte que celte colonne devait masquer et nous échappa.

Le comte de Broglie vouhit prendre sa revanche huit jours après sur un corps qui était à Duderstadt. Mais le temps était affreux, les colonnes arrivèrent Tune après Tautre; Tennemi eut le temps de sortir de la ville et de se placer sur une hauteur où il attendit du renfort qui lui arriva dans la nuit.

Cependant, les troupes étaient trop harassées d'une pluie continuelle et d'une longue marche dans la boue pour pouvoir retourner. Il fallut les loger à Duderstadt. Le matin, les ennemis firent mine d'attaquer la ville pendant qu'une colonne de cavalerie passait le Ruhme au gué à un moulin pour couper notre retraite. Le comte de Broglie, fâché d'avoir manqué ces deux opérations, ne voulut sortir de la ville qu'à midi. Il en résulta que trois corps de grenadiers qui étaient à une porte furent coupés et pris, et que nous perdîmes du monde dans la retraite, quoique heureusement l'ennemi fatigué ne fût pas en état de nous poursuivre vivement.

Lorsque le siège de Gassel eut été commencé par les ennemis, nous nous occupâmes d'attaquer leurs derrières, et nous y réussîmes en interceptant les convois, en nous emparant du dépôt des malades qu'ils avaient laissés à Môringen, en inquiétant les postes qu'ils avaient sur le Ruhme, et même danslaHarz.

Nous allâmes en enlever jusqu'à Jusum; nous en surprimes un autre à Ebergôtz; enfin à quatre lieues autour de Gôttingen, aucun ennemi n'osait paraître. M. de Belsunce, pour lors, alla s'établir avec deux mille hommes d'infenterie et quatre cents chevaux à Northeim, après avoir chassé le colonel Golligpnon, pris la plus grande partie de son corps et deux pièces de canon.

Ce fut pendant que nous étions à Northeim que nous reçûmes la nouvelle des grâces qui avaient été accordées à la garnison de Gôttingen, savoir: à M. de Vaux le gouvernement de Thionville, à M. de Belsunce le grade de maréchal de camp, celui de brigadier à MM. de Durfort, de Grave, de Grand-Maison et de Ghaloup, de colonel à M. de Nicolay et à moi, de lieutenant-colonel à MM. de Guétrand. Enfin, on nous fit entrer à Gôttingen, et la levée du siège de Gassel ayant lieu peu après, et l'armée ennemie ayant pris ses quartiers d'hiver, M. le maréchal de Broglie vint à Gôttingen. Il me dit que j'avais été attaché au régiment de Turpin que M. de Ghamborant (1) venait d'obtenir, mais que ce régiment n'étant pas à son armée, il avait demandé une lettre de passer pour que je fusse dans le même grade attaché au régiment de Bercheny. Gette nouvelle me fit grand plaisir. Je fus fort aise de servir dans un régiment où j'avais des amis, et d'exer-

(1) Ce régiment, pi as tard 2* hussards^ est devenu célèbre sous le Dom de Hussards de Chamborant.

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