CHAPITRE TROISIEME
cer mon autorité sur quelques-uns de mes camarades, qui, consultant plutôt leurs intérêts pécunaires que la gloire du régiment, avaient trouvé mauvais que je leur eusse fait tuer des hommes et des chevaux pendant le blocus de Gôttingen.
Peu de temps après, ayant appris que le régiment
était à Rothembourg, sur la Werra, je m'y rendis et après avoir fait part à mon colonel que je venais servir sous ses ordres comme colonel en second, je dis assez haut que si quelques-uns de mes anciens camarades avaient à se plaindre de moi ou de ma conduite pendant mon détachement de Gôttingen, j'étais prêt à leur répondre de la manière qu'ils voudraient, jusqu'à l'époque où je serais reçu colonel, mais que dès ce moment je me conduirais comme chef et ne permettrais pas que l'intérêt personnel d'un capitaine nuisit au bien du service du roi. Je passai deux jours au régiment, et ne reçus que les politesses de tout le monde, quoique plusieurs officiers fussent fachés de me voir placé là, parce qu'ils savaient que je les connaissais à fond.
Gôttingen étant toujours le poste avancé, je demandai et j'obtins que mon détachement fût relevé afin que celui qui avait passé l'hiver pût se rétablir avant la campagne. Cet arrangement ne plut pas à tout le monde, quelques capitaines ayant espéré que les deux cents hommes qui avaient passé l'hiver à se battre seraient envoyés sur les derrières pendant l'été, et
que le régiment ne servirait que sur le pied de quatre escadrons; mais cela n'arriva pas.
La fortune nous avait favorisés pendant tout l'hiver. Le comte de Belsunce était sorti presque tous lesjours pour chercher les ennemis. Quand il voulait les inquiéter de plusieurs côtés, c'était ordinairement moi qu'il chargeait d'une des attaques, et je m'en tirais toujours très bien. Je suis revenu rarement sans avoir fait des prisonniers, et à Sontheim j'enlevai un poste tout entier, quoique derrière les postes avancés.
Comme cela peut vous être utile un jour, mes enfants, j'ajouterai à ce qui précède quelques détails rétrospectif. L'avantage de savoir l'allemand et surtout ma grande activité avaient déterminé M. de Belsunce à me confier le détail des espions. Je n'avais pas le chiffre de notre armée, qui était confié à M. de Béville, mais j'ouvrais les paquets et donnais les reçus. Le chiFfi'e était de la musique, mais quant aux espions du pays, j'en étais seul chargé,
Unjour, l'un d'eux m'amena un chasseur hanovrien
à cheval, qui me déclara avoir déserté de Sontheim et
que, s'étant égaré dans les bois, ce paysan l'avaitcon-
duit à Giittingen, en l'assurant qu'il était ami des
Français. Les ennemis avaient deux postes en avant de
mtheim, un au Petit-Moulin, et l'autre à la Goraman-
;rie. Le paysan nous dit que, par le bois, nous pour-
ons allerjusqu'à un petit pont très près de Sontheim,
1 ce poste-là envoyait ses patrouilles, et que, par ce