‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 48 sur 179 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Sombreuil qui commandait celle de gauche. Après

avoir pénétré jusque dans le camp ennemi, M. de

Sombreuil, n'étant pas soutenu, fut obligé de se replier avec perte.

J'avais demandé le commandement de cette avantgarde de droite au comte de Chabot, qui a toujours eu beaucoup d'amitié pour moi. Il me Tavait refusée en alléguant que les autres colonels se plaignaient qu'on me donnât trop souvent des détachements, et qu'il me gardait pour des occasions plus importantes. J^ fus comme volontaire avec d'autres, et nous jugeâmes d'abord ce qui allait arriver en voyant le vieux brigadier M. de Sauvigny faire arrêter, mettre en bataille et fouiller des buissons au delà desquels nous étions déjà allés.

Deux jours après cette cacade, on m'envoya en détachement avec cent cinquante hussards, deux cents dragons et un bataillon de grenadiers et de chasseurs d'Aquitaine à Grûna, sur la Lein, garder la communication avec le corps de M. de Luzac, qui allait du côté de Wolfenbuttel.

Je fus fort tranquille dans ce poste pendant le siège de Wolfenbuttel, et jusqu'à la levée de celui de Bruns*» wick. Je fus mis alors aux ordres du duc, aujourd'hui maréchal de Laval (l)» à Gaudesheim. Il me confia l'avant-garde de son corps. Arrivé à Gaudesheim, il

(i) De Montmorency-Laval, duc héréditaire de Laval en 1758 et maréchal de France. Mort en 1798. Grand-père du duc Mathieu de

m'ordonna d'aller prendre des otages à Âhlfeld. Je lui représentai que cette ville dépendait de Tévêché d'Hildesheim, qu'elle était très affectionnée au roi de France et que j'avais eu lieu de me louer de ses magistrats pendant mon séjour à Grûna. Il insista et je dus obéir. Je trouvai les ennemis en deçà d'Âhlfeld. Il fallait les repousser et ensuite emmener les otages. Ils me crurent fou. Je les assurai que c'était i»te berne, qu'ils recevraient des excuses, mais qu'il fellait partir. Je les emballai dans une berline et les conduisis le plus vite que je pus, nonobstant les coups de fusil, vers Gaudesheim. A une lieue de cette ville, le duc de Laval m'envoya son fils — qui prit quelques jours après la petite vérole dont il mourut là — pour me dire que j'avais raison et que je n'avais qu'à relâcher les otages. Je lui fis répondre qu'il était impossible qu'ils s'en retournassent, que les ennemis les pilleraient peut-être, que leurs chevaux étaient rendus et que je le priais de nous donner à tous à souper. J'eus la réparation la plus complète, et ces messieurs, en soupant, oublièrent le désagrément de leur voyage comme la peur que leur avaient faite les coups de fusil.

Le surlendemain, je reçus ordre de retourner à Grdna. Je fis un détachement dans la gorge de Scharff-Oldendorf, mais nous ne vîmes pas d'enne-

Montmorency qui fut ministre des Affaires étrangères sous la Restauration.

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