‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 49 sur 179 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

mis. Le 3 novembre, une patrouille commandée par un cornette de mes hussards rencontra un détachement de hussards noirs. Pendant la fusillade, deux hussards noirs désertèrent. J'appris par eux que le prince héréditaire était en marche sur Ahlfeld et Einbeck, où Tarmée de M. de Laval était censée camper, et où, en réalité, à cause des subsistances, elle était dispersée. Je mandai cette nouvelle au maréchal. Il me fit répondre qu'il ne fallait pas croire aux dires des déserteurs, mais cependant être alerte et envoyer aux informations. Je Tavais déjà fait et j'en rendis compte. Mais le maréchal ne se décida à me donner raison qu'après avoir fait interroger les déserteurs par M. de Villefranche, officier d'étatmajor.

Le 4 novembre, au point du jour, je reçus un billet de la main du maréchal, qui me mandait que ma nouvelle lui venant de plusieurs côtés, j'eusse à renvoyer mes équipages et me tinsse prêt à être attaqué. Il m'exhortait à tenir autant que je le pourrais. Le corps de M. de Luzac devait passer la Lein à GrQna, et si j'étais forcé à abandonner, c'est lui que j'aurais à en avertir. Avant la fin du jour, j'étais aux abords d'Ammensen, sur la route d'Einbeck à Hanovre, observant l'ennemi et rendant compte toutes les heures. Voyant au delà d'un ruisseau le village garni de feux, je ne jugeai pas à propos de l'occuper. Je bivouaquai derrière, me contentant d'envoyer le batail-

Ion de g^renadiers sur une hauteur de l'autre côté d'un ravin que j'avais derrière moi, et vers le village des patrouilles de deux hommes, qui échangeaient chaque fois des coups de fusil avec les patrouilles ennemies.

Le matin venu, les ennemis passèrent le ruisseau sur deux colonnes, et marchèrent sur Ammensen. Je me retirai en échelons vers mon infanterie. Quand Tennemi fut à ma portée, je fis tirer quatre coups sur lui et ensuite regagnai une haute position. Il ne me poussa pas avec vigueur, ne fit aucune charge et se borna à mettre deux pièces de canon à son avants garde, qui tirait sur moi dès qu'elle était arrivée sur une hauteur d'où elle pouvait me découvrir. Je me retirai de cette manière vers la tour d'Einbeck. Le comte d'Eyriès vint me soutenir avec trois cents chevaux, et j'arrivai très heureusement, après n'avoir perdu que dix-sept hommes et neuf chevaux dans une retraite de cinq heures, devant toute une armée.

Le maréchal de Laval me reçut très bien, malgré le danger de la situation où il se trouvait. Il n'avait avec lui que trois brigades d'infanterie, le reste de son armée n'étant pas arrivé. Le prince héréditaire, aujourd'hui le duc de Brunswick, avait assez de temps pour l'attaquer, et s'il l'avait battu, il le coupait du centre de l'armée. Le maréchal fit très bonne contenance, tira beaucoup de canon, ce qui réduisit l'affaire à une canonnade très vive. Heureusement, la nuit vint et avec elle, successivement, toutes les troupes qu'on

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