‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 51 sur 179 · CHAPITRE IV I762-I · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV I762-I

Voyage à Vienne. — Je perds l'occasion de passer au serrice autrichien. — Nouveaux combats. — Fin de la guerre. — Retour à Vienne. — Aventure amoureuse. — Je rejoins la Légion royale à Annonay. — Je vais à Fontainebleau. -— Je suis présenté au duc de Choiseul. — J'obtiens la propriété d'un régiment de mon nom. — Je revois le Vigan.

L'hiver de 1762 ne ressembla guère au précédent. Autant le premier avait été actif, autant celui-ci fut insipide. Je me livrai à Tétude, je pris des leçons de géométrie et de langue anglaise. Pendant ce temps le colonel de Bercheny eut la petite vérole à Mûhlausen, où il était avec une partie de son régiment, aux ordres de M. Chabot. Dès que je le sus malade, j'y courus et il expira dans mes bras. Mon premier mouvement fut d'envoyer un courrier à M. le comte de Choiseul (I) , que je ne connaissais pas, afin de demander le régiment pour le chevalier de Bercheny. J'ajoutais que, quoiqu'il ne fût encore que capitaine, je servirais avec plaisir sous lui, trop heureux de prouver par là

(i) D'abord ministre des Affaires étrangères, il venait de remplacer à la Guerre le maréchal de Bclle-Isle, mort en 1761. Il était lieutenant général et fut nommé peu après duc et pair.

ma reconnaissance au maréchal (1) son père, à qui je devais tant.

Cette lettre fit le meilleur effet. Le ministre me répondit que le roi avait sig^né la nomination du chevalier, mais que Sa Majesté en même temps m'avait nommé colonel en second de la Légion royale, en attendant qu'il se présentât une occasion de me placer plus convenablement et selon mes vues.

Au commencement de l'automne, et même pendant la campagne, j'avais reçu plusieurs lettres de ma tante la princesse Esterhazy, née Lunaty-Visconti, femme du chef de notre famille, habitant l'Autriche. Elle me proposait de venir à Vienne où son mari, qui me voulait du bien, était fort malade. J'en avais parlé au comte de Broglie, qui m'avait dit que son frère ayant l'intention de me placer à Gottingen, où j'aurais un bon traitement, il fallait commencer par y aller et que si, comme tout semblait l'annoncer, il n'y

(i; I^ comte Esterhazy ne se vante pas en rappelant cette démarche qui lui fait honneur. Voici la lettre qu'au lendemain de la mort du colonel de Bercheny, il écrivait à Choiseul :

« J'étais venu le voir de Gœttingen. Je suis arrivé pour le voir expirer. Bien loin de vous demander le régiment pour moi, je vous demande de Faccorder au chevalier, frère du mort. Il était mon ancien capitaine. On lui a fait un passe-droit en me faisant colonel. Je ne ferais aucune difficulté de servir sous lui, trop heureux si je peux prouver par là la reconnaissance dont je suis pénétré pour la maison de Bercheny, en ayant reçu autant de bienfaits. Je vous demande cette grâce avec beaucoup plus d'ardeur que je ne le ferais pour moi-même et j'ose me flatter que le chevalier de Bercheny remplira fort bien ce dont il sera chargé, son intelligence et sa volonté étant au-dessus de «on âge. » (Archives de la guerre.)

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