CHAPITRE QUATRIEME
qu'il allait partir pour Luxembourg où était la cour, et qu'il allait demander à l'impératrice de permettre qu'il me menât porter à ses pieds mes remerciements. Il revint le soir, et m'apprit que le jour de mon audience était fixé au dimanche suivant. J'en reçus la nouvelle sans ravissement. Mais le sort en était jeté, je l'annonçai à l'ambassadeur. Il m'en témoig^na du regret, mais ne me désapprouva plus.
Le dimanche arrivé, je fus à Luxembourg avec mon oncle, mais nous ne pûmes voir l'impératrice. Un courrier avait apporté pendant la nuit une fâcheuse nouvelle de l'échec que le maréchal de Serbelloni avait eu en Saxe (1). Sa Majesté s'était renfermée pour mettre son chagrin au pied du crucifix et ne voulait voir personne. Mon oncle fut plus contrarié que moi de cet événement, dont je courus rendre compte à M. du Ghàtelet. Il savait la nouvelle, et je le trouvai occupé à m'écrire un billet par lequel il me mandait que la retraite du maréchal de Serbelloni mettait la Légion royale, à laquelle j'étais attaché et qui avait ses quartiers à Gotha, entièrement à découvert; que ma démission n'étant pas acceptée, il pouvait être désagréable pour moi que ce corps eût une affaire où je ne me trouverais pas; qu'en conséquence, non seulement, il me conseillait, mais même il exi-
(i) Ayant attaqué les Prussiens après leur avoir longtemps résisté, il dut battre en retraite devant eux, ce qui ne lui fut pas pardonné et entraîna sa destitution.
geaiiy en sa qualité d'ambassadeur de France, que je me rendisse sur-le-champ au corps dont j'étais commandant en second sous M. de Yallière, brigadier. Il m'autorisa à faire usagée de sa lettre vis-à-vis de mes parents, en me faisant remarquer qu'après la campagine je serais toujours à temps de quitter le service de France si je ne chang^eais pas d'avis.
Je portai cette lettre à mon oncle. Il approuva mon départ, que je fixai au surlendemain. Je partis comblé de présents de mes parents. Jamais je n'avais eu autant d'argent. Je passai par Prague, ou je restai vingt-quatre heures, recevant toutes sortes de politesse des personnes à qui j'avais été recommandé. Enfin j'arrivai à Gotha. J'y trouvai la Légion royale parfaitement tranquille. Je fus reçu comme colonel en second, et peu après nous eûmes ordre de nous rendre en avant de Minden, du côté d'Oslar. Pendant la marche, je demandai la permission d'aller remettre des lettres que j'avais pour le comte de Stainville* frère du duc de Ghoiseul qui venait de passer du service d'Autriche à celui de France comme lieutenant général, sous les ordres des maréchaux d'Estrées et de Soubise, à Gassel.
Je fus reçu parfaitement des uns et des autres. Le séjour que j'avais fait à Vienne, la manière dont j'avais été traité par la cour, les ministres et les personnes les plus considérables du pays m'avaient donné une sorte d'aisance que je n'avais pas eue