CHAPITRE QUATRIEME
avant. Questionné beaucoup par les maréchaux, je leur témoignai le désir, s'il y avait une affaire heureuse, d'être choisi pour en porter la nouvelle à Vienne. Cette commission, ag^réable pour tout autre, Teût été infiniment plus pour moi. D'ailleurs une liaison que j'avais formée à Vienne avec une demoiselle fort jolie me faisait désirer un prétexte pour y aller.
Le maréchal de Soubise me le promit positivement, et le maréchal d'Estrées me parut disposé à ne pas s'y opposer, mais ajouta, avec son air ricaneur, en montrant ses long^ues dents, qu'il ne feUait pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir mis par terre.
Je joig^nis la lég^ion à Môringen et ne pensai qu'à prendre mes paquets pour Vienne. A Gotha, je m'étais fait un bel équipag^e, quoique à la hâte. J'avais acheté des chevaux et des voitures; les tailleurs du corps étaient occupés de faire les habits dès g^ens que j'avais ramassés un peu partout; j'avais pris un bon cuisinier, et, à force d'arg^ent, je m'étais monté une maison qui éclipsait celle du chef du régiment.
Nous apprîmes que les maréchaux étaient sortis de Gassel et s'étaient portés Ters la Diemel, la g^auche à Wilhelmstadt et la droite à la forêt de Sababerg. Le prince Ferdinand occupait les hauteurs de Warbourg, sur la rive droite de la Diemel, et tenait cette même position que le maréchal de Broglie avait regardée comme inattaquable en 1760. Depuis, l'échec qu'avait
iOS MÉMOIRES DU C" VALENTIN ESTERHAZY
reçu le comte de Muy avait feit manqner le reste de la campag^ne. Je ne sais si les maréchaux avaient quand même le projet d'attaquer Tennemi. Mais le prince Ferdinand ne leur en donna pas le temps.
Dès qu'ils furent campés à Guismer, il passa luimême la Diemel, s'empara de la fbrét de Sababerg^, qui était faiblement g^ardée, et tourna la droite de notre armée, couverte par la forêt, pendant qu'il attaquait la gauche où était le comte de Stainville, avec les grenadiers de France, dont plusieurs compagnies furent faites prisonnières. Les deux ailes de l'armée étaient battues; le centre fut obligé de se replier, et on se retira comme on put dans le camp retranché de Gassel. Mais comme il était trop peu étendu pour contenir toute l'armée, une partie passa la Fulda et campa en avant de la place. Nous entendions la canonnade sans pouvoir juger de l'issue. Durant la nuit nous reçûmes ordre de M. de Glosen, qui commandait la division dont nous faisions partie, de nous réunir à lui pour opérer notre retraite sur Gassel. Le comte de Lusace resta avec ses Saxons dans l'angle que font la Fulda et la Werra pour former le Weser, et nous traversâmes la place pour nous établir dans un village en potence derrière la gauche du camp retranché, faisant face à la cascade que nous tenions par des postes.
Nous restâmes quelques jours dans cette position. Mais le prince Ferdinand marcha par sa droite et dépassa notre gauche. Pour couvrir sa marche, il fit