CHAPITRE QUATRIEME
1er. Le malheureux blessé cause de ces petits combats, qui avait la jambe cassée, était au moment d'en être la victime, quand je vis un officier assez près du fossé.
Je lui criai :
— Cet homme est de notre côté; laissez-nous Fenlever, nous en aurons soin.
Il me répliqua qu'il allait demander la permission au général. Un instant après, le général descendit la hauteur et vint au bord du fossé. Je reconnus Luckner avec qui j'avais déjeuné à Northeim, ainsi que M. de Belsunce, chez une Mme Villich, qui avait été leur maîtresse à tous deux, et qui avait imaginé de les réunir chez elle au cours d'une trêve pendant que l'un était à Gottingen et l'autre à Rimbecke. Nous noils reconnûmes. II adhéra à ma proposition et finit par me dire :
— Pourquoi nous tuer du monde ici? Ce n'est pas nous qui finirons la guerre. J'ai ordre de ne pas laisser un Français sur la rive droite de la rivière et j'ai assez de monde pour être sûr de pouvoir l'exécuter. Venez en juger vous-même sur ma parole d'honneur.
Je n'hésitai pas; je montai avec lui sur la hauteur où étaient ses postes, et je vis environ cinq cents chevaux en bataille dans le fond.
— J'attends pour chasser vos troupes de la hauteur où elles sont, ajouta-t-il, que mon infanterie et mon canon soient arrivés dans le bois. Si vous voulez
m'en croire, faites repasser vos troupes, coupez votre pont ; je vous promets de vous laisser ag^r sans tirer un seul coup de fusil ni de canon. Si vous ne le faites pas de bonne çràce, vous voyez que j'ai les moyens de vous y forcer, et il en coûtera la vie à bien des braves cens, sans qu'il y ait du mérite à moi qui suis dix fois plusfort que vous, ni sans que vous y puissiez rien gag^ner.
Je lui répondis que cela pouvait être vrai, mais que je ne commandais pas et que j'ig^norais les ordres, que pouvait avoir M. de Vallière. Il me demanda s'il était là. Un officier qui était près de moi affirma qu'il venait de le voir là-haut. J'y g^alopai et lui rendis compte de ce que je venais de voir et de ce que m'avait dit Luckner. Il y vint lui même et consentit à l'arrangement.
— Ce n'est pas ici, mais là-bas, dit Luckner en montrant le Johannesberg qu'on découvrait, qu'il faut se battre.
Nous nous séparâmes fort cordialement, retirâmes nos postes, coupâmes le pont jusqu'aux madriers,, et Luckner resta spectateur, sans tirer un coup de canon, comme il nous l'avait promis.
M. de Vallière ne crut cependant pas prudent de rester dans Stade. Il plaça M. de Baillamont, lieutenanl^colonel, derrière le pont coupé; on fit un épaulement et la cavalerie bivouaqua derrière le village, où on plaça le reste de l'infanterie, mettant une compagnie entière dans une maison. Pendant la nuit»