CHAPITRE QUATRIEME lOT
plusieurs g^énéraux français passèrent pour se rendre à la g^auche, où on supposait que les ennemis s'opposeraient à la jonction des deux armées, ce qui arriva. Le prince héréditaire montait le Johannesberg^ d'un côté pendant que le prince de Condé le montait de l'autre. M. de Wurmser, aujourd'hui général au service d'Autriche, soutint le plateau avec beaucoup de courage (1). Il y fut blessé. Le brigadier de Boisgelin y fit des prodiges de valeur. Plusieurs régiments de dragons chargèrent la tête des colonnes du prince héréditaire, qui, blessé lui-même, fut obligé d'abandonner son entreprise, de repasser le ruisseau des salines et de se retirer. Si les maréchaux qui arrivaient avec leur armée eussent envoyé de la cavalerie pour suivre l'ennemi, sa déroute eût été complète. Mais, rivalité d'armes, défaut de concert, enfin ce qui arrive toujours quand il y a plus d'un chef, on laissa le corps du prince héréditaire se retirer sans autre perte que celle qu'il avait faite sur le champ de bataille.
Deux jours après, nous marchâmes en avant. Les ennemis se retirèrent derrière l'Ohm et la Wetter, de l'autre côté de Marbourg. Les armées des maréchaux se placèrent le long de l'Ohm depuis Hombourg jus-
(1) Alsacien de naissance, le comte de Wurmser servit en France avant de passer au service autrichien et combattait alors en les mêmes lieux où il devait plus tard résister victorieusement aux armées de la République française avant de succomber en Italie sous les coups de Bonaparte.
qu'à son embouchure à la rive droite de la Lahn. Le corps de M. de Stain ville fut placé derrière la basse Wetter, depuis son embouchure à la rive droite de la Lahn jusqu'à Dautphé, et nous occupâmes ce village avec la Légion royale qui fut l'intermédiaire entre le corps de Stainville et l'armée de Condé.
Nous fûmes très longtemps dans cette position. Les ennemis tenaient au milieu de l'armée française le château d'Arnembourg, qui est sur un pain de sucre, et assez bien fortifié. Le peu de garnison qu'il y avait dans le château ne valait pas la peine de perdre du monde pour s'en rendre maître. D'ailleurs, on travaillait à la paix, et les deux armées le savaient.
Cependant, un malentendu fit tirer quelques coups de canon d'un côté de l'Ohm à l'autre, près du moulin d'Arnembourg. Chacune des deux armées crut que l'autre voulait passer l'Ohm ; elles s'avancèrent toutes deux au bord de la rivière, secanonnant, se tirant des coups de fusil sans avoir aucun objet déterminé. On perdit beaucoup de monde de part et d'autre. M. de Castries y fut blessé (1) , et le soir chaque armée rentra dans son camp, sans savoir pourquoi on s'était battu. Ce combat aussi meurtrier qu'inutile fut la dernière
(1) Le marquis de Castries, qui combattait depuis l'âge de seize ans, était alors maréchal de camp. Promu lieutenant général, il fut ministre de la marine en 1780 et obtint en 1783 le bâton de maréchal de France. Émigré en 1791, il mourut en 1801 à Wollfenbiittel, dans le Brunswick, après avoir dirigé les affaires diplomatiques de Louis XVIII pendant que ce prince était à Blanckenberg.