‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 61 sur 179 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

vingt et un ans, c'est-à-dire ayant à peine Tâge prescrit par l'ordonnance pour Tètre. M. de NicoIaY était à la vérité moins ancien au service; mais il était plus vieux que moi. Nous étions colonels du même jour^ et le rang que jusque-là j'avais sur lui était l'effet d'une ancienneté imaginaire.

L'ambassadeur ajouta que j'obtiendrais sans doute en Autriche ce qui m'avait été offert l'année précédente, mais que ce serait vu sous un jour tout différent. Alors, mes parents le désiraient, c'était à eux que l'impératrice eût accordé cette grâce. Aujourd'hui, c'était moi qui le demandais, et cela parce qu'on m'avait fait non un passe-droit, puisque je conservais mon rang, mais à cause du désagrément que je subissais. Mais quel est le service où on n'en éprouve pas? Le maréchal de Yillars disait que s'il avait quitté au dixième désagrément qu'il avait éprouvé, il n'eût jamais été fait maréchal de France. En résumé, l'ambassadeur me conseilla d'écrire une lettre de sensibilité, mais soumise et respectueuse, au duc de Ghoiseul. Il y joindrait des observations sur les sacrifices que j'avais faits ici pour rester en France, et il ne négligerait rien pour engager le ministre à me dédommager par l'un des mille moyens que donnait le service de France, d'autant que par suite de la grande réduction opérée à la paix dans la Légion royale, le commandement de ce corps avait perdu beaucoup de son importance, et que si le duc

de Choiseul le voulait, il pourrait me dédommager.

Je me rendis à ses raisons ; je rédigeai une lettre que je lui soumis. Il la corrigea et je la lui laissai pour qu'il la joignît à son paquet. Je reçus une réponse polie, mais qui m'ordonnait de me rendre à Annonay en Vivarais, où était la Légion royale. Elle m'expliquait que des motifs particuliers avaient déterminé le roi à donner le commandement à M. de Nicolaï, mais que mon désir d'être placé ailleurs serait connu de Sa Majesté. Le ministre finissait en me mandant de lui annoncer mon arrivée à Annonay. Il n'y avait plus de moyens d'éluder, il fallait partir.

A la douleur que je ressentais d'aller servir sous mon cadet se joignait le regret de quitter Vienne. La personne qui m'y attachait partageait le chagrin de notre séparation, et un soir, elle me proposa de me suivre. Sa naissance était illustre; elle était adorée de sa grand'mère qui lui destinait son bien. Elle avait fait son plan; nous devions nous marier en sortant des États de l'impératrice. De là, elle devait écrire à sa grand'mère, lui demander d'approuver son mariage sous peine de devoir se résoudre à ne plus la voir.

De mon côté, je devais écrire à mes parents que c'était elle qui m'avait forcé à la prendre avec moi, que j'y trouvais une fortune inespérée, et que je quittais dès ce moment le service de France pour demander à entrer à celui de l'impératrice. De très beaux diamants, que son oncle l'électeur de Cologne

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