‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 64 sur 179 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Germain, où elle avait retiré ma sœur, à sa sortie de Saint-Gyr. L'abbesse de Flines, fille du maréchal de Bercheny, m^avait engagé à lui donner celle-ci chez elle ; elle était alors chez son père à Lusancy. J'allai la voir en revenant de Fontainebleau. En renouvelant ses offres pour ma sœur, elle m'engagea aussi à y mener ma mère; elles seraient plus agréablement et plus convenablement chez leur parente dans une riche abbaye de Flandres, que dans un triste couvent. Ma mère et ma sœur acceptèrent la proposition, et, au mois de décembre, je les conduisis à Flines, où après avoir passéquelques jours, je les laissai chez Tabbesse et revins à Paris.

Je pensais à solliciter une place dans Tétat-major de Tarmée qu'on allait former d'une manière permanente. J'en parlai au général de Chabot^ qui m'avait marqué de l'intérêt pendantla guerre. Il désapprouva mon projet, m'invitant, puisque Mme de Gramont s'intéressait à moi, de tâcher de faire revivre l'espèce de promesse qui avait été faite à la mort de mon père, au sujet de son régiment et de la lettre que M. d'Argenson avait écrite à ma mère à l'époque où M. David avait vendu ce régiment au comte Turpin. Ce n'était là que de bien faibles titres; mais, avec des protections et de l'activité, il est quelquefois possible de se servir d'un compliment comme d'un titre de droit. En outre, M. de Chabot s'engagea à faire de son côté ce qui dépendrait de lui à cet égard, et je

lîO MEMOIRES DU C" VALENTIN ESTERHAZY

pouvais d'autant plus compter sur sa promesse qu'il désirait ma place pour le comte de Ludre, lieutenantcolonel de la légion de Soubise.

Je rassemblai les papiers, et nous fîmes ensemble une espèce de mémoire, dont je donnai une copie à la duchesse de Gramont, et une autre à une princesse Kinski née Pafy, dont le duc de Ghoiseul s'était fort occupé à Vienne. Elle l'avait suivi à Paris, et étant un peu de mes parents, elle prenait intérêt à moi. Mes batteries disposées, je me présentai chez le duc de Ghoiseul pour le prévenir que j*"avais remis à sa sœur une note me concernant. Le comte de Chabot, de son côté, était à l'affût pour savoir quand cette note serait renvoyée au bureau pour l'y appuyer.

Mais un certain Dubois, qui avait un grand crédit près du ministre, désapprouva la chose. A son sens, il était absurde de former un nouveau régiment quand on venait d'en réformer seize, et de le donner à un jeune homme qui n'en n'avait jamais eu, quand il y avait douze colonels qui avaient perdu les leurs. Ces raisons n'étaient pas sans fondement.

J'y opposai d'une part la promesse qui m'avaitété faiteàlamortdemonpèred'unegrâcedontilyavaitplusieurs exemples. Le fils du maréchal de Lowendall (1)

(1) Arrière-petit-fil» naturel de Frédéric III, roi de Danemark, sen'it successiTCioent en Aulriche, en Pologne, en Russie et enfin en France, où Louis XV, qui l'y avait appelé à la recommandation du maréchal

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