‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 65 sur 179 · CHAPITRE QUATRIEME IJl · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME IJl

et le duc de Fronsac (1) avaient eu des rég[iments fort jeunes, avant d'avoir fait la guerre, tandis que c'était par des faits militaires que j'avais été fait colonel avant Tàge. Un sentiment louable de reconnaissance m'avait empêché de former des prétentions sur le régiment de Bercheny, auquel mon grade me donnait droit, et le désagrément que j'avais éprouvé étant colonel en second de la Légion royale de me voir préférer mon cadet méritait un dédommagement que je recevrais par l'arrangement proposé. Un nouveau régiment de hussards ne coûterait rien au roi si des trois existants à douze compagnies on en formait quatre de huit.

Le ministre, combattu entre les femmes et son premier commis, ne se décidait pas, et je dus craindre que le temps ne diminuât son intérêt. Je m'adressai de nouveau à Mme de Gramont. Elle fut choquée d'apprendre que Dubois se mettait en travers d'une demande qu'elle avait appuyée. Elle me dit qu'elle l'enverrait chercher pour lui parler, et je conçus bonne espérance de voir sa vanité blessée.

Vers la fin de janvier (1764), M. de Chabot me dit:

f)c 8axc, Fagréa comme lieutenant général. Il s'y fit promptemcnt une grande réputation d'homme de guerre. En 1747, après la prise de Berg-op-Zoom, il fut promu au maréchalat. Il mourut en 1757, à peine àgë de cinquante-six ans.

(1) Fils du maréchal de Richelieu et père du duc de Richelieu, le ministre de liOuis XVIII.

— Votre affaire va bien, mais ne vous montrez pas ; on cherche à faire naître des obstacles, mais avec la discrétion, nous les écarterons.

La princesse Kinsky continuant à solliciter hautement mon affaire, j'en profitai pour aller voir ma mère en Flandre. Je priai seulement la princesse de m'y envoyer un courrier en cas de succès. Je partis pour Flines. Je ne parlai que d'une manière va^^ue à ma mère et à ma sœur de mes espérances, dans la crainte quelles n'en fissent part à l'abbesse comtesse de Bercheny. Quoique je dusse compter sur l'amitié des Bercheny, je savais d'autre part que ce que je souhaitais ne pouvait se réaliser qu'en ôtant quatre compag^nies au régiment de son frère, et on a beau aimer les autres, on s'aime toujours un peu plus.

Enfin, le 13 février au soir, arriva un courrier de la princesse Kinsky, avec la nouvelle que, le 10, j'avais obtenu en propriété un régiment de hussards de mon nom, formé des compagnies enlevées aux autres. Je partis dans la même nuit; j'allai remercier ceux qui m'avaient si bien servi . Je portai ensuite mes remerciements au roi et je reçus les compliments de bien des gens qui enrageaient. M. de Chabot fut chargé de rédiger l'ordonnance et de procéder à la formation du régiment, qui fut terminée le 6 mai suivant. A la fin d'avril, je m'étais rendu à Lunéville, chez le maréchal de Bercheny. Le roi Stanislas m'accueillit avec bonté et me ditqu'il voulait voir mon régiment quand

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