CHAPITRE QUATRIEME !Î
cassant les officiers et en fatig^uant les hussards de service. Je m'en plaig^nis au duc de Ghoiseul. Il me répondit :
— Il n'y a qu'à vous faire sortir de là.
Je le demandai à Sainte-Bheuse, qui était à la tête du bureau du mouvement des troupes, et qui n'aimait pas Dubois. Je lui remis une note sig^née, et, quatre jours après, je reçus Tavis que mon régiment partirait pour Sarrebourg, petite ville ouverte à trois lieues de Phalsbourg, où les hussards étaient logés chez les bourgeois au lieu d'être casernes. Mais sur les représentations du maréchal de Contades, commandant de la province, touchant la nécessité d'avoir des troupes à Phalsbourg même, on nous fit sortir de TAlsace, et on nous envoya dans les Trois-Évêchés, à Mouzon, sur la Meuse, et je fus relevé par un autre régiment qui alla à Phalsbourg.
Il y eut pendant Tété un camp à Gompiègne, où j'eus la permission d'aller. Ce fut cette année où, à l'étonnement de toute la cour, feu M. le dauphin parut en uniforme de son régiment, le commanda devant le roi à toutes les manœuvres, et brava l'usage adopté par les princes de la maison royale et même les princes du sang, de ne mettre jamais d'uniforme, lequel d'ailleurs n'était jamais porté à la cour. Depuis cette époque, on l'a vu au moins quelquefois.
Après le camp, je retournai à Mouzon. Au mois, d'octobre, mon régiment reçut ordre de se rendre à
iî6 MÉMOIRES DU C" VALENTIN ESTERHAZY
Clermont en Auvergne, pour se remonter. Je fis quelques marches avec lui, après quoi, le laissant aller sous la conduite du major, M. de Valdner, je me rendis à Lusancy, ensuite à Paris et à Fontainebleau pendant le séjour qu'y fit la cour, et qui fut très long àx^ause de la maladie de M. le dauphin, qui y mourut au mois de décembre.
A Paris, je vivais en bonne compagnie. Je m'occupais de mes plaisirs. J'allais tous les quinze jours à Versailles; je chassais une fois par mois avec le roi, €t sur quatre voyages à Choisy ou à Marly, j'étais communément nommé être d'un. Gela suffisait pour me classer parmi les gens de la cour, sans m'assujettir au métier de courtisan. Au printemps, je retournai «n Auvergne. Mon grand-père maternel était mort l'année précédente. L'ainé de mes oncles, veuf et sans enfants, engagea beaucoup ma mère de venir vivre avec lui. L'air de Flandre et la vie de l'abbaye ne plaisaient pas à ma mère ; elle désirait revoir son pays iiatal^ et accepta la proposition de son frère. Gomme de raison, je tâchai de lui en faciliter les moyens. A la fin de l'hiver, je la conduisis avec ma sœur à Paris. Elles en partirent avec une personne de ma connaissance qui allaita Lyon, où mon oncle vint les prendre pour les mener chez lui.
LeVigan n'était pas loin de l'Auvergne. L'été venu, je résolus de m'y rendre. Je fis ce voyage à cheval, à travers les montagnes de l'Auvergne, et celles des