‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 7 sur 179 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de rhiver, la g^uerre s^annonçant après la mort de l'empereur Charles VI, mon père put augmenter son rég^iment de quatre escadrons, ce qui le mit à même de donner des compag^nies de nouvelle levée à trois de ses beaux-frères, le quatrième étant destiné à Tétat ecclésiastique.

Mon père partit pour la Bavière en laissant sa femme grosse. Elle accoucha de ma sœur le 9 octobre suivant. La campagne ayant duré tout Thiver, ce ne fut qu'en 1 742 que mon père put venir voir sa femme et ses enfants. Il retourna à Farmée au mois de mars 1743. Il se distingua à Dillingen, où il reçut une contusion et eut un cheval tué sous lui. Nommé brigadier, la mort le surprit d'un coup de soleil quelques jours après la bataille. Il rendit l'âme sans savoir qu'il avait obtenu ce grade. Il fut enterré dans l'église des capucins de Dibourg, près d'Aschaffenbourg, et son régiment fut donné à M. David, son lieutenantrcolonel.

Ma mère, en perdant un époux qu'elle chérissait, perdait en même temps toute espèce d'espoir de fortune pour ses enfants. Mon père, accoutumé à la dépense d'une maison opulente, avait eu de la peine à vivre de ses appointements et de la pension qu'il recevait du roi (1) . Les frais d'un équipage et de fré-

(i) Elle était de 3,000 francs et elle lui avait été accordée au moment de ton mariage. C'était alors l'usage que pour l'établissement des ofBciers, la générosité royale s'exerçât sous forme de pension ou de douaire. En 1754 et 1755, les Ghimay, les Vaubecourt, les Chiffre-

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quents déplacements ravaient forcé de contracter de$ dettes, que sa position, en s'améliorant, lui aurait permis de payer, mais que sa mort transformait en une chargée écrasante pour sa veuve. Elle n'hésita pas à sacrifier son modeste avoir afin de ne pas laisser de tache sur la mémoire de son mari. Elle consacra toute sa dot à satisfaire les créanciers, sans que mon g^randpère, ayant déjà partagée sa fortune entre ses enfants, pût lui venir en aide. Elle, ma sœur et moi nous nous trouvâmes donc sans pain. Dans cette détresse, elle prit le parti d'aller en solliciteuse à Versailles. Elle partit avec son père et fut assez heureuse pour obtenir mille écus de pension pour elle et ses deux enfants (1) ,

▼ille^ les Valence, les Colbert, les Moncaîn, les Beaufort, les Choi» seal, les Poulpry obtiennent des pensions yariant entre 3,000 et 5,000 francs. Lorsque le fils du maréchal de Bercheny épousa Mlle de Baye, le roi mit dans la corbeille le brevet d'une pension de 5,000 livres.

Quant à Valentin Esterhazy, Fauteur de ces Mémoires, lorsqu'il se marie, en i7S4, étant maréchal de camp, gouverneur de Rocroy, inspec-^ teur des troupes et chevalier des ordres du roi, quoique les appointements que lui valent ces places se grossissent déjà de deux pensions de 3,000 livres, la faveur de Marie- Antoinette lui en fait obtenir une de 12,000 livres, réversible sur la tète de sa femme. En 1787, on ajoute à ses fonctions celles de membre du conseil de guerre, qui lui valent 6,000 livres de plus. Il y a d'autres exemples de ces grâces, et ils expliquent la gène du trésor, laquelle s'aggravait souvent de la nécessité de faire des avances aux pensionnaires. En 1775, le trésorier de l'ordre de Saint-Louis a avancé des sommes si considérables qu'il* ne veut plus payer que les termes échus. Le maréchal de Bercheny lui-même ne peut obtenir une avance, bien qu'elle ait été ordonnancée, et il est obligé de recourir à M. de Boullongne, trésorier général de l'Extraordinaire des guerres, qui consent à la lui faire. Tous ces détails nous sont fournis par les archives de la guerre.

(1) Le dire du comte Valentin est en contradiction avec les docu-

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