‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 79 sur 179 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

suivis jusqu'à Ghâlons. De là, je me rendis à Paris, pour prendre les ordres du ministre sur notre établis-* sèment au camp, et pour qu'il nous fût fourni les objets nécessaires dont nous n'avions pas eu le temps de nous pourvoir.

Après m'avoir retenu trois jours, il me donna un mot de sa main pour M. Bertier (1) , qui faisait les fonctions d'intendant de l'armée, le même qui a péri si malheureusement au commencement de la Révolution. A la lecture de la lettre que je lui apportais, toutes les difficultés s'aplanirent. Je trouvai le camp sur la rive droite de l'Oise, entre les deux fermes d'Hermeuse. J'en occupai une avec la moitié des officiers, et le comte de Boufflers l'autre avec le reste. Nous empruntâmes de nos amis la vaisselle, la batterie, le linge et nous louâmes des domestiques. Enfin, nous montâmes une maison chacun, qui nous coûta deux fois plus que la g[ratification que nous obtînmes. Mais aussi le régiment eut des succès et des grâces. Je fus fait brigadier, mais à prendre mon rang dans la promotion qui devait avoir lieu. Le comte du Châtelet eut un congé de deux mois. Il vint à Paris, et fut de là au régiment du roi à Nancy. Nous allâmes avec sa femme et Mme de Damas à Civry. Mon régiment resta à Charleville jusqu'à l'époque du mouvement des troupes, où il alla à Stenay.

(1) Bertier de Sanvîgny, gendre de Foulon et massacré comme lui, lors de la prise de la Bastille.

Dans le même temps, M. et Mme du Chàteiet retournaient en Ang^leterre, et j y allai avec eux. Au mois de janvier 1770, la promotion parut. Mais quel fut mon étonnement de ne pas y être compris ! Je crus être oublié, et voyant que je n'étais pas sur plusieurs listes qui furent envoyées à Tambassadeur, je pris le parti de partir sur-le-champ pour Paris. En arrivant, je fus rassuré; quelques difficultés survenues pour le rang[ des officiers qui avaient servi dans la maison du roi à la g^endarmerie avaient suspendu la publication de la liste des brigadiers de cavalerie. Mais elle était publique quand j'arrivai.

A cette époque la cour avait un peu changée de forme. Mme du Barry, depuis g^uillotinée, avait été reconnue comme maîtresse du roi; elle était présentée, et son parti, soutenu par le duc d'Aiguillon (1), était en opposition ouverte avec celui du duc de Choiseul. Ce ministre avait depuis longtemps négocié le mariage du dauphin, le petit-fils du roi, avec l'archiduchesse Antoinette d'Autriche (malheureux époux dont la fin a été si funeste) , et il était au moment de s'effectuer. Le duc de Ghoiseul me proposa de porter le portrait du dauphin à Vienne. Je devais le remettre à l'ambassadeur. Ce n'était pas une mission directe, mais cela me faisait payer mon voyage, et l'ambassa-

(1) Ne en 1720, mort en 1782, rival du duc de Ghoiseul et son suc- .cssseur en 1771. l\ quitta le pouvoir à la mort de Louis XV, après n'y avoir donne que les preuves de son incapacité.

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